D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours su faire des choix pour moi. Le ressenti d’un élan intérieur qui m’entraîne dans une direction, une aspiration du cœur qui éclaire une possibilité plus qu’une autre, ce « sens intérieur » semble guider mes choix depuis toujours sans que j’en comprenne la nature ou l’origine. C’est en perdant le sens, il y a quelques années, en me mettant en quête de le retrouver que j’ai compris qu’il était un art subtil qui nécessite une pratique quotidienne.

Le discernement est l’aptitude à peser la part des choses, entre le vrai et le faux, entre l’utile et l’inutile, entre le bon et le moins bon, dans le but d’adopter les bons choix, pour soi. Discerner est littéralement un art de vivre, l’art de se déterminer et de piloter son existence. Comme toute pratique du sport ou de la musique, un entraînement quotidien au discernement permet d’accéder à une forme de clarté d’esprit et de liberté intérieure. Dans notre monde de complexité et d’incertitude, cette capacité est essentielle pour habiter la vie avec confiance et détermination.

« L’homme n’a pas attendu le développement des neurosciences pour apprendre à discerner. » C’est avec ce constat que le prêtre et physicien Thierry Magnin introduit l’art du discernement selon la tradition ignatienne dans son ouvrage Foi et neurosciences. En effet, avec ses célèbres Exercices spirituels, le prêtre fondateur de l’Ordre des Jésuites, Ignace de Loyola, inspire depuis plus de quatre siècles de nombreuses personnes en quête de leur propre vocation. La méthode ignatienne a aujourd’hui largement dépassé le cadre religieux pour devenir le socle d’un puissant processus de prise de décision appliqué à toute situation. Plus encore, l’approche ignatienne s’impose comme un véritable art de vivre ses choix !

Plusieurs étapes jalonnent le parcours de discernement ignatien dont l’enjeu est de décider - vivre ses choix - avec justesse, intelligence, liberté, élan et force intérieure. La dimension « spirituelle » reste toutefois centrale dans la mesure où cette méthode de discernement se situe au niveau des aspirations profondes ; Saint Ignace parle des « motions de l’âme ».

Les concepts de « consolation et désolation », et leur alternance, sont déterminants dans le processus de discernement ignatien. Pour lui, la consolation est une allégresse intérieure qui invite à faire un choix ou le confirme après coup. La consolation repose, pacifie. La désolation, au contraire, est une perte de confiance, de quiétude, d’espérance et d’amour. La consolation est un bien que l’on peut espérer, chercher, demander et éprouver comme une grâce. Cela ne signifie pour autant pas que la désolation soit un mal ; elle peut être l’indicateur d’une conversion à opérer ou d’une orientation à écarter. Le processus de discernement ignatien, dans le but d’opérer un bon choix, permet de distinguer dans une situation donnée les options qui relèvent d’une « consolation » ou d’une « désolation ».

Selon Saint Ignace, c’est dans l’expérience de la joie que l’on éprouve la justesse et la vérité des choix posés. Et dans l’expérience de leur contraire, nous comprenons la fausseté et le manque de justesse des choix possibles. Ces exercices sont donc un entraînement au discernement en « auscultant » nos mouvements intérieurs. Thierry Magnin parle de « pesée » entre ces deux indicateurs sensibles que sont les consolations et les désolations, nous invitant à opérer un choix « pour » ou « contre ».

Saint Ignace nous invite à entrer dans notre intériorité, à apprendre à en approfondir les multiples aspects. Face à un événement extérieur, il s’agit de s’entraîner à prêter une attention fine aux effets qu’il provoque, en termes de confort ou d’inconfort, de plaisir ou de déplaisir… Étymologiquement, discerner revient à séparer, mettre à part, distinguer quelque chose au moyen de la vue ou de tout autre sens. On retrouve ici la notion de « pesée » chère à Thierry Magnin.

L’auscultation de nos mouvements intérieurs s’opère en explorant deux dimensions indissociables dans le processus de discernement : les affects et la raison. L’affect regroupe l’ensemble des manifestations induites par les sensations, les émotions, les sentiments. Ces aspirations du cœur sont fondamentales dans le discernement ignatien, mais jamais sans la raison. Les affects livrés à eux-mêmes peuvent être des pièges et des occasions de dérives, d’où le souci constant de les conjuguer avec notre intelligence rationnelle.

Pour Ignace de Loyola : « Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. »

Dans ses Exercices Spirituels, Saint Ignace nous invite à analyser notre rapport à soi, au monde, aux événements dans une exploration à la fois physique, affective et intellectuelle. Le discernement implique de s’exercer à cette triple écoute pour avancer délibérément vers ce qui nous établit durablement dans la joie. Par la pédagogie dite de l’« examen », il appelle un effort de lucidité sur soi-même et sa propre histoire, sur ses aspirations et ses inquiétudes.

Face à un choix à poser, Thierry Magnin nous invite à formuler clairement les alternatives sous forme de questions, de telle manière qu’une réponse par oui ou par non soit possible. Prendre le temps de la méditation intérieure sans chercher à répondre trop vite est indispensable pour ouvrir le plus largement possible le champ des réponses à l’alternative. Ce silence est propice si l’on veut laisser monter le « sens intérieur » vis-à-vis de cette question, sans aucune censure ni jugement.

Ce « sens intérieur », s’exprime dans un mélange de sensations (ressentis corporels), de sentiments (paix, amour…), d’émotions (joie, tristesse, peur, colère, surprise, dégoût…) mais aussi d’intuitions et de pensées. Cette conjugaison de nos intelligences multiples : sensorielle, émotionnelle, rationnelle, spirituelle permet une pesée exhaustive qui traduit un alignement « pour » ou « contre » l’une ou l’autre des alternatives. Pour cela, je suis attentive, dans ma médiation intérieure silencieuse, aux « mouvements intérieurs » que chacun des arguments me procure. Ce n’est pas le nombre d’arguments qui fera pencher la balance côté pour ou côté contre, mais le poids intérieur des arguments, leurs poids respectifs chargés de sens. Je note ce qui a bougé en moi pendant cette pesée, ce qui s’est déplacé par rapport à ma position initiale, et ce qui au contraire s’est confirmé. La prise de décision suppose l’accueil par une prise de conscience des sensations provoquées par chacun des éléments de l’alternative. La perception d’un élan pour une des alternatives entraîne la décision. Toutes les facultés : raison, affects, mémoire … sont convoquées. La décision n’est pas prise « hors » ou « à côté » de la personne, mais au cœur de son identité.

Pour Thierry Magnin : « Il ne saurait y avoir de bon choix en soi, mais un bon choix pour moi. »

Pour clore le choix et le mettre en œuvre, le dernier temps est celui de la confirmation. Après avoir pris ma décision, je porte attention aux motions intérieures de paix à l’égard du choix posé, de confiance, de courage, d’élan pour le mettre en œuvre. « Suis-je en paix avec mon choix ? » Sinon je continue d’accueillir cet élan, aujourd’hui, demain… Si aucun élan ne vient, il est vraisemblable que le choix n’est pas mûr pour moi.

Il peut être judicieux alors de le partager autour de soi. Car le discernement n’est jamais solitaire ; il implique toujours divers partenaires. Nous entretenir avec toutes les personnes susceptibles d’éclairer nos choix nous aide à nous frayer un chemin, à dessiner ce chemin d’existence qui n’est pas tracé d’avance. Ce dialogue en discernement ne peut toutefois s’établir que dans une attitude d’écoute et de disponibilité mutuelle. Notre interlocuteur peut apporter son appui ou son conseil dans le processus de discernement sans peser sur celui-ci. Son rôle est de nous aider à lire notre cheminement et à discerner ce qui se passe en nous. Il nous guide dans le déroulement même du discernement, avec un absolu respect de notre liberté.

Être en mesure d’écouter les « motions de l’âme », comme les appelle Saint Ignace, nécessite de savoir faire silence dans l’agitation de ses pensées. C’est dans cet espace intime, préservé des injonctions extérieures, des inflexions de l’ego, du tumulte du mental, que les mouvements intérieurs deviennent perceptibles. Le silence est la caisse de résonance du discernement. Comme pour un instrument de musique, son rôle est de recevoir et d'amplifier la vibration produite par les sources du discernement que sont les sensations, les émotions, les sentiments, la raison… pour donner un son clair et harmonieux. Plus on s’exerce à jouer du discernement, plus l’énergie sonore qu’il produit résonne avec nos sens.

Le discernement s’inscrit également dans le temps. Tel un processus, il se déroule par itération : le temps où l’on pose les points à discerner, le temps pour l’analyse, le temps de partage, les temps de maturation, les temps pour la décision et la confirmation. Ce parcours peut comporter des répétitions, des retours en arrière, des relectures et des évaluations, ou encore des moments de repos. Ainsi, le discernement ouvre-t-il un chemin balisé avec ses étapes, ses arrêts et ses reprises.

Pour l’auteur André Fossion, spécialiste de la théologie pratique : « Le discernement se confond avec la vie elle-même. Il est un art de vivre, une manière de se tenir dans l’existence et d’habiter le temps spirituellement. »

J’aime la notion de « chambre de discernement » proposée par François Bert, fondateur de l’École du discernement, dans son ouvrage Le discernement. Il y invite les dirigeants afin de se retirer du devant de la scène et de retrouver le goût du silence, propice à la décantation avant la prise de décision. Pour l’auteur, le silence rétablit la juste perception du temps qu’il faut aux choses pour se réaliser. Il nous rappelle la sagesse de l’adage « La nuit porte conseil » : comme le corps s’abandonne au sommeil pour être remis en bon ordre de marche, l’esprit doit s’abandonner à un travail de décantation et d’alignement qui se fait presque malgré lui et surgit dans sa conscience.

C’est bien là, au niveau du cœur que la voix de la conscience se fait entendre. Le cœur est la « fine pointe de l’âme » selon Thierry Magnin. Ce « cœur pensant, sachant, sentant, voulant, décidant » est la source à partir de laquelle nous pouvons discerner avec lucidité. Car la parole du cœur est juste et fulgurante.

Mes sources d'inspiration :
- Le discernement selon la tradition ignatienne, André FOSSION, cairn.info
- Foi et neurosciences, Thierry MAGNIN
- Le discernement, François BERT

Dans le vacarme assourdissant du monde, il est de plus en plus difficile de se frayer un chemin de pensée affranchi des discours péremptoires et des jugements hâtifs. Quand la confusion règne, notre pensée s’asphyxie, nos peurs nous étouffent et nous privent du souffle nécessaire pour faire sa juste place au doute.
Il y a encore quelques semaines, j’entrevoyais le doute comme un état paralysant dont il me fallait sortir pour retrouver le sens de l’action. Pourtant, au fond de moi, je ressentais que cette « pointe de doute » qui m’aiguillonnait créait un appel d’air dans mes certitudes, ouvrait une brèche dans l’ordre établi de mes pensées. Il y soufflait comme un vent de liberté qui venait m’ébouriffer, car le doute vous « brosse à rebrousse-poil », il dérange vos idées reçues… Face à l’impermanence de notre monde, le doute fait figure de méthode pour avancer en incertitude.

Au regard des nombreuses incertitudes qui bousculent nos vies, le doute est devenu un compagnon quasi quotidien, un état d’esprit dans lequel nous nous trouvons plongés malgré nous lorsque le réel nous échappe. Alors, le doute nous « assaille », nous « saisit », nous « ronge ». Nous sommes « en proie » au doute. Ces expressions traduisent bien l’inconfort, l’intranquillité, l’insécurité ressentie lorsque nous sommes dans cette « zone grise » où rien n’est ni tout à fait vrai ni tout à fait faux. Dans cet oscillement, cette errance, le doute ne donne aucune prise à la pensée, il nous paralyse, nous englue dans les sables mouvants de l’inquiétude.

Puisque nous n’avons d’autre choix que d’accepter l’impermanence du monde, autant considérer le doute comme un allié plutôt que comme un ennemi. La philosophie nous invite à éprouver ce renversement : sortir de l’errance dans laquelle le doute nous engloutit pour l’accueillir tel un chemin sur lequel entamer une exploration. C’est en me plongeant dans l’ouvrage de Sophie Nordmann, La vocation de philosophe. Puissance de la mise en question que j’ai entrepris ce renversement. J’ai compris combien la philosophie m’aidait à oxygéner ma pensée et créer cet appel d’air vital dans une atmosphère saturée de prêt-à-penser.

Chaque individu naît dans un monde qui le précède et dans lequel il commence par recevoir, de sa famille, de sa culture, de sa génération... Ce qui est premier, ce qui est donné, ce sont toujours, par définition, les « idées reçues », ces idées pré-jugées, que l’on reçoit sans jugement préalable, c’est-à-dire sans mise en question. Toute idée, quelle qu’elle soit, qui est reçue sans mise en examen, relève de la catégorie du « préjugé ».

« La vie de la pensée est, de ce point de vue, comparable à la vie organique : une pensée animée d’un souffle vivant, si elle n’est pas maintenue en vie – si sa puissance de mise en question n’est pas libérée dans une constante réitération -, finit par se fossiliser. »

La mise en question est donc seconde. Pour autant, elle ne va pas de soi car elle nous pousse à quitter la zone de confort de nos certitudes. Une telle expérience dérange. Elle dé-range au sens où elle ébranle ce qui semblait en ordre, nos idées établies ; elle sème en nous le désordre. Elle dérange aussi au sens où elle incommode. Cette épreuve nous « brosse à rebrousse-poil » en ce sens qu’elle ne nous caresse pas dans le sens du poil – celui des certitudes dans lesquelles nous sommes douillettement installés et qu’elle vient ébouriffer.

La philosophie nous fait vivre l’expérience d’un ébranlement, d’un vertige qui nous met en question et ainsi nous force à nous mettre en mouvement et à abandonner le confort et le repos de nos certitudes.

Quand on étouffe dans le tapage des discours qui s’entrechoquent pour se faire entendre, pour faire plus de bruit que l’adversaire, la philosophie apporte un peu d’air frais. Elle est l’interstice par lequel une bouffée d’oxygène peut entrer, et raviver une pensée qui s’asphyxie. Car la philosophie n’a pas pour vocation d’ajouter des discours aux discours, des idéologies aux idéologies, et de contribuer à alourdir encore un peu plus une atmosphère déjà insoutenable. La vocation de la philosophie est de mettre en question les dogmatismes de tous bords, autrement dit d’ouvrir des brèches dans la pensée, d’y créer un appel d’air.

Le propre de la philosophie est de porter toujours plus loin la mise en question, de la renouveler, de la réitérer sans fin. En cela, la vocation de philosophe, celle d’empêcheur de penser en rond, est à la fois essentielle et inconfortable. C’est une fonction qui dérange dans le sens où elle ouvre des brèches dans l’ordre établi, afin d’y introduire du jeu, et aussi elle maintient la brèche ouverte pour éviter que la pensée ne se fige à nouveau en dogmatisme.

Selon le philosophe Jean-Luc Nancy : « Philosopher ne va pas sans élan, ni même sans un élan violent, qui jette en avant et qui arrache aussi : qui arrache au sens déposé, sédimenté, à moitié décomposé et qui jette vers du sens possible, surtout non donné, non disponible, qu’il faut guetter, surprendre dans sa venue imprévisible et jamais simple, jamais univoque. »

Pourquoi avons-nous plus tendance à croire qu’à douter ? Parce que croire ne demande aucun effort ; celui qui croit est passif, déterminé par la pensée des autres. Mais, s’il faut douter, de quoi faut-il douter ? Peut-on douter de tout, comme le proclame René Descartes ?

En philosophie, le doute se définit comme un acte intérieur de suspension du jugement. Cette suspension peut être soit spontanée soit délibérée. Le philosophe Alain évoque en premier lieu ce « doute forcé » que l’on subit « comme une violence qui nous est faite ». Ce doute découle d’une erreur que l’on a commise ou d’une tromperie dont on est victime. C’est un doute triste, un doute de faiblesse. « C’est un regret d’avoir cru, et une confiance trompée. » Le doute vient ici défaire une croyance existante.

Le doute dont Alain fait l’éloge est le « doute volontaire », qui vient, non pas après, mais avant la croyance. Il est volontaire, car il émane d’une décision de l’individu. En outre, ce doute n’est pas tourné vers le passé, mais vers l’avenir ; il n’est pas de l’ordre du regret, mais de la promesse.

Pour Alain : « Le doute est le sel de l’esprit ; sans la pointe du doute, toutes les connaissances sont bientôt pourries. »

Alain est dans la droite ligne de Descartes qui expérimente la « mise en doute » comme méthode de recherche du vrai. Dans la foule des innombrables visages du vrai, le doute permet, non pas de reconnaître le vrai, mais d’écarter ce qui n'est pas reconnu comme tel. Seul pourra être considéré comme vrai ce qui ne peut pas être mis en doute.

Ainsi, Descartes opère un renversement. Il fait du doute non pas ce qui nous assaille malgré nous, mais au contraire une entreprise méthodique et volontaire : il ne s’agit pas de se laisser envahir par le doute, mais d’entreprendre de douter. Le doute ne renvoie plus à cette « zone grise », cet état d’incapacité à distinguer le vrai du faux, mais devient au contraire l’instrument qui permet une telle distinction. Dès lors qu’il est un outil choisi, et non pas un état qui nous envahit, le doute n’est plus paralysant. Il n’est plus ce qui empêche mais, au contraire, ce qui permet de progresser. Il n’est plus une errance : il trace un chemin. Parce qu’il est un instrument et une méthode, le doute devient à la fois un moteur et une boussole.

Si vous vous occupiez du doute plutôt que de le laisser s’occuper de vous ? Emparez-vous de cette « pointe du doute » qui vous aiguillonne et libère le souffle de votre pensée. Elle vous montre la direction. Vers quel nouveau possible vous conduit-elle ?

Mes sources d'inspiration :
- La vocation de philosophe, Puissance de la mise en question, Sophie NORDMANN
- Les ânes rouges, Philosophe Alain
- Alain. Le doute est le sel de l’esprit, ggpphilo

Dans l’époque particulièrement bouleversée que nous traversons aujourd’hui, chaque crise, qu’elle soit climatique, politique, démocratique, sociétale, économique…, est activée par son lot de peurs et de croyances. Peurs et croyances constituent à la fois la source et le carburant des crises que nous vivons. En attisant les peurs, on désorganise les systèmes, on stresse les organisations, on fragilise les individus pour mieux les manipuler. D’où viennent ces peurs qui nous débordent au-delà de la raison et nous rendent si facilement manipulables ?

Les peurs et les croyances sont au cœur du dysfonctionnement de chaque être humain. Indispensable à notre survie, le mécanisme de la peur fait souvent fausse route, stimulé par l’incapacité de notre cerveau à toujours bien différencier le réel et l’imaginaire. C’est là que l’ego entre en scène, dans cet espace inconscient dans lequel nous sommes immergés la majorité du temps, entre réel et illusion.

Apprivoiser ces peurs imaginaires et les croyances qui en découlent n’est pas chose aisée. Il nous revient de les déjouer lorsqu’elles prennent possession de nous, pour voir au-delà des masques d’ego qui nous travestissent et nous éloignent de la réalité au présent. Cependant, soyons vigilants, car notre ego risque fort de faire de la résistance !

Pour vous guider dans cette chasse à l’ego, je me suis inspirée de l’un des rares ouvrages qui traite de façon approfondie de ce mécanisme inhérent à la nature humaine : « Nouvelle Terre » d’Eckhart Tolle. L’auteur y explore la folie dangereuse dans laquelle l’humanité est plongée aujourd’hui, et la part de notre identification erronée à l’ego dans cette situation désastreuse. Il nous éclaire également sur notre capacité à nous libérer de l’ego pour cheminer avec confiance dans nos relations, dans nos projets et dans notre vie en général.

J’ai choisi depuis plusieurs années de débusquer les peurs et les croyances qui bloquent les individus dans le contexte du travail, en diagnostiquant les filtres d’ego qui sont à l’œuvre. Et j’observe chaque jour de nombreuses confusions à son sujet. Pourtant, le phénomène de l’ego n’est pas nouveau. Ce dysfonctionnement originel a été largement étudié par les philosophes, les psychologues, les anthropologues depuis des milliers d’années. Seulement, le voilà aujourd’hui amplifié par la science et la technologie, à tel point qu’il devient une réelle menace pour l’équilibre de l’humanité tout entière.

Notre vision de nous-même, des autres et du monde, largement déformée par le prisme de nos peurs et de nos croyances, crée un environnement propice au développement de l’ego et ainsi, donne lieu à un nombre croissant de crises aiguës, de turbulences et d’effondrements. La très grande majorité de nos peurs s’élaborent à partir de suppositions angoissantes qui ne sont que de simples pensées. Notre monde intérieur dispose d’un véritable studio de montage permettant à notre mental d’élaborer des scénarios terrifiants et pourtant, incroyablement crédibles. Les émotions qui nous traversent ont ainsi pour origine notre interprétation de ce que nous ressentons. Et plus nous adhérons à nos peurs, plus nous les renforçons ! D’autant que notre imagination est largement fécondée par les informations que nous déversent en permanence les réseaux sociaux et les médias.

Comme l’évoque Eckart Tolle : « lorsque nous essayons de changer la réalité extérieure, sans avoir auparavant changé notre réalité intérieure, c’est-à-dire notre état de conscience par rapport aux situation réelles que nous vivons, nous traçons des plans sans tenir compte de l’engramme de dysfonctionnement porté par chaque être humain, sans tenir compte de l’ego ».

Il est difficile de ne pas s’identifier à la voix dans notre tête, cet incessant flot de pensées involontaires, compulsives, et d’émotions les accompagnant ; à tel point que nous sommes littéralement possédés par notre mental. Aussi longtemps que nous restons inconscients de ce phénomène, nous prenons le penseur en nous pour ce que nous sommes. Or, il s’agit en fait de l’ego. Nous lui donnons le nom d’ego car il s’agit du « je », du « moi » dans chaque pensée qui nous conduit à nous comparer sans cesse, en mieux ou en moins bien : « tu es trop ci », « tu n’es pas assez ça ».

L’ego est fait de pensées et d’émotions, d’un fatras de souvenirs auxquels nous nous identifions en tant que « moi et mon histoire », de rôles que nous jouons sans le savoir, d’identifications personnelles aux possessions, aux opinions, à l’apparence, aux vieux ressentiments, aux réussites, aux échecs…

Lorsque chaque pensée absorbe toute notre attention, lorsque nous sommes totalement identifiés à cette voix et aux émotions qui l’accompagnent, que nous nous perdons dans chaque pensée et nous laissons déborder par chaque émotion, nous sommes sous l’emprise de l’ego. Reconnaissons-la pour ce qu’elle est, c’est-à-dire la voix dans notre tête, rien de plus qu’un schéma mental conditionné, une pensée. Prendre conscience que cette voix dans notre tête est la voix de notre ego, qu’elle parle au nom de nos peurs et de nos croyances, permet de prendre de la distance avec l’histoire qu’elle nous raconte.

« Quelle libération de réaliser que la « voix dans ma tête » n’est pas ce que je suis ! »

Derrière le bug de notre mental, activé par nos peurs pour notre survie, se cache l’épreuve du manque. L’ego, pour se sentir en sécurité, a tendance à assimiler l’avoir et l’être : « j’ai donc je suis ». En se nourrissant de l’avoir, l’ego réagit à une inclination au « pas assez » inscrite dans nos gènes. Ce profond sentiment d’insatisfaction, d’incomplétude, exprimé par notre ego dans « je n’ai pas assez encore » veut dire en réalité « je ne suis pas assez encore ».

L’avoir est une fiction créée par l’ego pour se donner une consistance et pour se distinguer, se rendre spécial. Étant donné que nous ne pouvons pas nous réaliser dans l’avoir, l’ego est animé par un besoin supérieur, celui d’en avoir plus, que l’on pourrait aussi appeler le vouloir. Ainsi, cette maigre satisfaction d’avoir est toujours supplantée par le besoin d’en avoir plus, comme une drogue.

Peu importe ce que nous acquérons, cela ne suffit pas à nous satisfaire. Nous sommes toujours en quête de quelque chose d’autre qui promet de mieux combler ce sentiment de manque que nous ressentons en nous. [à lire aussi : « Le désir est l’essence de l’homme… sa source est inépuisable ! »] En amalgamant l’avoir et l’être, l’ego nous plonge dans une quête sans fin qui nous éloigne de la recherche de notre vraie nature.

Même si le visage de l’ego varie d’une personne à une autre, son fonctionnement est toujours le même : il se nourrit de division. Dans le jeu inconscient de l’ego, on trouve l’habitude compulsive à se plaindre des autres et à leur donner tort. Car quand nous sommes dans l’ego, critiquer et condamner les autres est une façon de se sentir important, de se sentir supérieur.

La récrimination est une des stratégies que l’ego préfère pour se renforcer. Chaque doléance est une petite histoire que le mental invente et en laquelle nous croyons complètement. Que nous nous plaignions à voix haute ou en pensée ne fait aucune différence. Il peut même arriver que le défaut que nous percevons chez l’autre ne s’y trouve pas. Il s’agit d’une interprétation totalement erronée, d’une projection du mental conditionné à voir des ennemis partout pour se donner raison et se sentir supérieur. Et ce à quoi nous réagissons chez l’autre, nous le renforçons chez vous.

« Pour survivre, l’ego a besoin d’un « ennemi », d’où son refus de tout compromis. »

L’ego aime se plaindre et éprouver du ressentiment non seulement envers les autres ou soi-même, mais également envers les situations. Il peut se faire un ennemi d’une personne comme d’une situation. C’est toujours la même rengaine : « ceci ne devrait pas se produire », « on me traite injustement ». La plainte dont il est question ici est au service de l’ego, pas du changement. Parfois, il est évident que l’ego ne veut pas réellement de changement afin de pouvoir continuer à se plaindre.

Se plaindre des défauts des autres constitue un stratagème qui renforce le sens de la division de l’ego. Ces plaintes masquent le sous-entendu que nous avons raison et que la personne, ou la situation dont nous nous plaignons, a tort. Il n’y a rien qui renforce le plus l’ego que le besoin d’avoir raison. Il se repaît de ce sentiment de séparation pour exister.

« Sentez-vous que quelque chose en vous préfère avoir raison que d’être en paix ? »

Nous sentons parfois que quelque chose en nous est en guerre, quelque chose qui se sent menacé et qui veut survivre à tout prix, quelque chose qui a besoin de mélodrame pour pouvoir affirmer son identité...

L’ego veut toujours obtenir quelque chose des autres ou des circonstances. Il se sert des autres et des situations pour obtenir ce qu’il veut pour apaiser sa peur de n’être personne, sa peur de ne pas exister, sa peur de mourir. Toutes les activités de l’ego cherchent au bout du compte à éliminer cette peur.

Dans l'aveuglement de l’ego, nous sommes incapables de voir la souffrance qu’il nous inflige, à nous et aux autres. En effet, la personne sous l’emprise de l’ego ne peut pas reconnaître la souffrance, mais la considère comme l’unique réaction appropriée à la situation vécue. Ainsi, la colère, l’anxiété, la haine, le ressentiment, l’envie, la jalousie… sont reconnus comme des états entièrement justifiés. Ils sont perçus à tort comme causé par les autres ou la situation, que nous tenons pour responsables de notre souffrance.

« Plus l’ego est fort en vous, plus il est probable que vous perceviez les autres comme la principale source de vos problèmes dans la vie. »

Lorsque nous assimilons l’ego des autres à leur identité, c’est notre propre ego qui se sert de cette interprétation pour se renforcer en se donnant raison et en étant supérieur. Nous réagissons donc en condamnant, en nous indignant et souvent en étant agressif contre celui que nous percevons comme notre ennemi. Ces illusions renforcent le sentiment de division entre nous et l’autre.

« L’ego prend tout personnellement, ce qui suscite des émotions comme la résistance ou l’agressivité. »

Les visages de l’ego d’autrui auxquels nous réagissons particulièrement fort ont souvent tendance à exister en nous sans que nous le sachions ou voulions les voir. Tout ce que nous détestons et à quoi nous réagissons fortement chez l’autre est aussi en nous. Pour autant, ce trait n’a rien à voir avec ce que la personne est, ni avec ce que nous sommes. Ce n’est que lorsque nous prenons ce trait pour ce que nous sommes qu’il devient une menace pour notre sentiment d’identité.

Ainsi, pour combler ses besoins, qu’il s’agisse de pouvoir, de supériorité, de gratification…, l’ego adopte un rôle ou un autre. En général, nous sommes totalement inconscients des rôles que nous adoptons : nous sommes ces rôles ! Pourtant, chaque rôle est tel une carapace, un masque, un filtre déformant de soi, une pure création de l’ego pour se rassurer et prendre le contrepied des peurs et des croyances qui nous assaillent.

Comme l’exprime Shakespeare dans Macbeth, c’est « une histoire racontée par un idiot, une histoire pleine de bruits et d’agitation qui ne veut rien dire ».

Toute illusion de soi, c’est-à-dire se voir « trop ci » ou « pas assez ça », appartient à l’ego, qu’il s’agisse d’une notion majoritairement positive (je suis le meilleur) ou majoritairement négatives (je ne vaux rien). Derrière cet oscillement entre les sentiments de supériorité et d’infériorité que nous pouvons ressentir en fonction des personnes ou des situations que nous rencontrons sur notre chemin, c’est l’ego qui entre en jeu.

« Reconnaissez l’ego pour ce qu’il est : un dysfonctionnement collectif, la folie de l’esprit humain. »

Combattre l’ego est un vœu pieux puisque cela revient à annihiler les peurs et les croyances qui l’ont forgé depuis notre enfance. En revanche, en prenant conscience de son existence et de sa nature dysfonctionnelle, nous devenons capables de le démasquer lorsqu’il est activé par une personne ou une situation qui nous fait nous sentir en insécurité. En débusquant les peurs qui déclenchent l'ego, en nous et chez l'autre, nous gagnons en discernement et en sérénité. Lorsque nous le reconnaissons pour ce qu’il est, un imposteur, il est plus facile de ne pas être sur la défensive et de ne pas surréagir. Nous ne prenons plus les choses personnellement. Personne n’a tort. C’est l’ego. C’est tout ! Nous pouvons alors agir en conscience et prendre les bonnes décisions.

©RashonMusik

« Dans la reconnaissance du faux, il y a déjà la naissance du vrai. »

Ne pas réagir à l’ego des autres est la façon la plus efficace non seulement de dépasser l’ego chez nous, mais également de participer à la dissolution de l’ego autour de nous. Ne pas réagir, ce n’est pas faire preuve de faiblesse, mais de force. C’est quitter l’inconscience de l’ego pour être en conscience et voir clairement « à travers » l’ego, ce qu’il y a de sain en chaque être humain et qui constitue sa nature profonde.

Accepter ce qui est, c’est retrouver sa liberté d’agir là où c’est possible. Résister à ce qui est, c’est se fermer à toute possibilité de changement et renforcer la carapace de l’ego. L’ego étant très consommateur d’énergie, cesser de résister permet d’investir son énergie à l’endroit où des marges de manœuvre sont accessibles, plutôt que de la gaspiller en vain à l’endroit où nous nous trouvons impuissants. Lorsque notre dialogue intérieur est fait de « il faut » et « je dois », de justifications, de reproches et d’accusations, c’est que nous n’acceptons pas ce qui est.

La non-résistance, le non-jugement et le non-attachement sont les fondamentaux de la liberté et de la paix retrouvée, au-delà de l’ego. Une fois que nous acceptons la nature transitoire de toute chose, qu’elle soit confortable ou inconfortable, nous sommes en mesure d’apprécier ce que la vie nous offre, dans le présent, sans peur ni anxiété. Le fait de reconnaître dans toute situation que Cela aussi passera, amène le détachement nécessaire pour retrouver sérénité, confiance et discerner clairement le champ des possibles.

Lors d’une de mes conférences sur l’ego, une participante me partageait une métaphore que je trouve très significative. Elle personnifiait l’ego comme son cheval sauvage, tout en précisant que c’était elle, la cavalière, à qui il revenait de dompter l'animal sauvage pour pendre la bonne direction. Et vous, vous sentez-vous prêts à apprivoiser votre ego ? Et si vos commenciez à en dresser le portrait-robot, pour mieux le démasquer et débusquer les peurs et croyances qui vous empêchent de passer à l'action avec justesse et enthousiasme ?

Pour aller plus loin :
- Libérez-vous de l’ego, cet imposteur qui dirige votre vie, pour enfin être vous !
- Nouvelle Terre - Eckhart TOLLE
- Guérir de vos angoisses en 6 séances - Dr Philippe PRESLES

Plus j’avance dans mon enquête sur le sens, plus je perçois la complexité du sujet. En dehors de la philosophie, j’avoue trouver assez peu de recherches qui éclairent la dimension du sens dans le travail. Cette quête de sens qui s’exprime partout et par tous aujourd’hui, les jeunes comme les moins jeunes, mérite qu’on lui accorde toute notre attention. Pour soi, pour faire les bons choix et initier des actions à impact dans sa vie professionnelle et aussi pour les autres, lorsqu’on est dirigeant ou manager. Car avant d’imaginer donner corps à un projet collectif, encore faut-il avoir approfondi le sens individuel…

Il arrive régulièrement, lorsque j’accompagne des collectifs dans l’exploration du sens et de l’intention qui les anime dans leur travail, leur mission, que l’on me rétorque que c’est « intime ». En effet, le versant personnel du sens dans le travail est trop souvent considéré comme « intime », « privé »… Parce que ce versant a rarement été exposé, par souci de discrétion, par méconnaissance des véritables ressorts individuels, par confusion entre « intimité » et « authenticité ».

Pourtant, j’ai pu observer qu’aucun sens collectif n’est accessible, sans avoir dans un premier temps clarifié le sens individuel. C’est-à-dire, avoir pris le temps d’explorer le sens qui m’anime, moi, dans ce projet, cette action, cette transformation… C’est en faisant résonner entre elles toutes les pistes de sens individuel que l’on est en mesure de trouver le sens commun au collectif. Partir du sens en JE pour tendre vers le sens en NOUS !

Pour avancer dans mon enquête sur le sens au travail, j’ai choisi de m’inspirer d’une structure de sens proposée par Cécile de Lisle et Rodolphe Durand qui codirigent le « Purpose Center » d’HEC Paris. Tous deux ont rassemblé dans le livre « En quête de sens » les témoignages de dirigeants et de futurs dirigeants qui se confient sur le sens qu’ils trouvent à leur action, en tant que personnes et représentants de grandes et moins grandes organisations.

Pour les auteurs, trouver le sens s’apparente à atteindre une voie sur un chemin de crête, entre le versant personnel et intime qu’est l’ubac, à l’ombre, moins souvent éclairé, et le versant organisationnel qu’est l’adret, sous la lumière et l’exposition du collectif.

Dans cet ouvrage, ils nous partagent les pistes de sens incarnées par ces hommes et ces femmes au gré de leurs expériences en entreprise, comme des lignes de crête qui réunissent l’ubac et l’adret. Je trouve intéressante la trajectoire singulière qu’ils nous proposent pour cheminer vers le sens au travail, trois dimensions afin de passer de l’intention à l’action : « être soi », « être avec » et « être pour », en entreprise.

« Être soi », signifie se délester des peurs et des croyances qui nous incitent à nous cacher derrière des masques, à endosser des costumes dont nous pensons qu’ils sont conformes aux attendus du monde du travail. La vie professionnelle nous confronte à des situations difficiles, qu’elles soient d’ordre relationnel ou qu’elles nous enjoignent à prendre des décisions délicates. Elle nous met face à notre réalité d’humain dans toute sa complexité… Reconnaître que nous sommes quotidiennement chahutés par des peurs et des croyances n’est pas un aveu de faiblesse, mais une preuve de robustesse ! Les reconnaître avec lucidité est le meilleur moyen pour les traverser et finalement trouver la force de s’en affranchir.

« Être soi », c’est avoir le courage de regarder en face les marqueurs de notre singularité et oser les assumer pleinement. La comparaison sociale, cette tendance à se comparer aux autres, à nos collègues, à nos pairs, à nos concurrents…, est inscrite dans nos gènes. Ce mécanisme, qui peut nous aider à mieux comprendre notre position dans la structure sociale, peut aussi avoir des effets ambivalents sur notre estime de soi. Prendre conscience des valeurs qui nous sont propres et leur rester fidèle face aux aléas du monde du travail est un gage d’alignement et de confiance dans la durée. En revisitant nos réalisations marquantes, nous révélons la richesse qui est en nous. Ainsi reliés à nos talents, nous nous sentons faire partie de quelque chose de « plus grand ».

« Être soi », c’est rester connecté au cœur vibrant de son leadership, ce cœur vaillant qui, en se heurtant au monde, aux injonctions, aux contradictions, aux incompréhensions, nous amène au dépassement de soi et ouvre le chemin à tous les possibles. La vie professionnelle n’est pas rectiligne ; notre carrière ne suit pas une voie toute tracée. Elle est faite de hauts et de bas, de tâtonnements, de bifurcations, de renoncements parfois… Ce chemin, aussi chaotique soit-il, dessine notre trajectoire d’évolution, c’est un devenir qui nous mène à toucher notre essentiel et notre liberté.

« Être avec » au travail, c’est comprendre que toute victoire est collective ! L’entreprise est un incroyable réservoir de diversité. Elle offre chaque jour l’opportunité de participer à une aventure humaine, en partageant nos convictions et nos interrogations, nos peurs et nos doutes, nos freins et nos élans… En acceptant de ne pas avoir toutes les réponses, nous apprenons à nous décentrer, à nous entourer de personnes qui pensent et agissent différemment, qui nous invitent à élargir notre champ de vision. En s’alignant avec toutes les parties prenantes de l’entreprise, il est possible de dégager une puissance collective extraordinaire ! Chacun doit sentir qu’il existe et qu’il compte pour que l’entreprise puisse faire corps. Connecter les individus à leurs rêves permet de libérer les énergies et la magie humaine.

« Être avec », c’est faire le choix de la confiance. La confiance est une forme supérieure de motivation et d’inspiration. Elle est d’une puissance infinie lorsqu’elle se propage dans les organisations. Pour créer un environnement de confiance optimal dans notre cadre professionnel, il est nécessaire d’être digne de confiance et de savoir construire des relations confiantes à tous les niveaux. Mais c’est notre capacité à « faire confiance » qui est le facteur décisif, car elle donne des ailes à celles et ceux qui en sont gratifiés.

« Être avec », c’est faire grandir et réussir les autres. Un leadership de sens se fonde sur une connaissance approfondie de soi, des autres et du monde. C’est-à-dire être au moins aussi conscient de ses talents que de ses limites. L’exemplarité est moins synonyme de perfection que de lucidité et de sincérité. En étant à l’écoute de ses équipes, un dirigeant, un manager, se met en situation d’éprouver la réalité du terrain de son organisation et de son marché. Connaître et reconnaître les forces vives qui sont à l’œuvre est un formidable vecteur d’accomplissement personnel et collectif. La reconnaissance développe le sentiment d’utilité. Elle favorise l’autonomie et la responsabilisation. Elle encourage le pouvoir d’agir et crée un environnement permettant de donner le meilleur de soi-même, de déployer tout son potentiel.

« Être pour », c’est s’engager, de bout en bout… Pour dépasser les intérêts court-termistes d’une organisation, l’engagement, qu’il soit environnemental ou sociétal, doit être porté par l’ensemble des individus qui la constituent. Se sentir engagé, c’est se sentir lié. Assumer ce lien nécessite de s’assurer que notre activité ne nuit pas aux membres de notre communauté et qu’elle soit bénéfique au maximum d’entre eux. D’un bout à l’autre de l’organisation, tout le monde doit s’accorder et cultiver le même niveau d’engagement, le même niveau d’exigence, partager les bons réflexes, incarner l’ambition collective pour que sa raison d’être devienne sa raison d’agir.

« Être pour », c’est assumer ses responsabilités ! Pour s’engager, encore faut-il se sentir responsable. Le militantisme a sa place dans les organisations. Il est fondamental, en tant que citoyen, de contribuer à développer en leur sein un rôle d’influence sur les réglementations et les standards de bonnes pratiques. Notre responsabilité personnelle consiste à ne pas rester passif, et la responsabilité des organisations à réduire leur impact environnemental au minimum et surtout assumer les conséquences de leurs actions. La deuxième ne sera pas assumée si la première ne l’est pas d’abord… Une action citoyenne et militante en parallèle des logiques marchandes et visant les enjeux institutionnels est indispensable pour faire face à ce qui est vraisemblablement la plus grande crise jamais vécue par l’humanité.

« Être pour », c’est choisir et parfois renoncer… Sanctuariser les décisions n’allant pas nécessairement vers une maximisation du profit à court terme mais visant à créer de la valeur partagée et durable permet de pérenniser la mission de l’entreprise. Il s’agit ici de repenser ses activités cœur de métier à l’aune de leur contribution aux grands enjeux sociétaux et/ou environnementaux. Arbitrer en permanence entre les performances à court terme et les enjeux à long terme est une manière de répondre à l’injonction contradictoire qui pèse sur toutes les entreprises à l’heure actuelle. La mission devient alors un moyen de guider les dirigeants pour tout ce qu’ils font, mais aussi pour tout ce qu’ils décident collectivement d’abandonner. À travers ce prisme, les renoncements d’aujourd’hui sont les profits de demain. Le renoncement est aussi une affirmation. Il est préférable parfois d’avancer à contre-courant plutôt qu’à contrecœur ! Cela nécessite que les parties prenantes de l’entreprise s’accordent sur le sens dans lequel elles souhaitent se diriger.

Ma source d'inspiration :
En quête de sens : Un dialogue entre dirigeants et futurs dirigeants - Cécile de Lisle & Rodolphe Durand

Comment se préserver de l’angoisse des injonctions, divisions, mensonges, menaces et autres brutalités qui bouleversent notre monde aujourd’hui ? Se couper du flot d’informations issu des médias et des réseaux sociaux n’y suffit pas. Face à la violence de notre époque, la réponse est intrinsèque. Elle se niche au cœur de la douceur qui berce la vie depuis ses origines. La douceur est une force de résistance. Comme un rempart, elle sait mettre la bonne distance vis-à-vis des inévitables agressions du quotidien. La douceur est politique. Elle n’offre aucune prise au pouvoir. La douceur est transformation. Elle réconcilie passé, présent et futur ; elle coud les mondes ensemble.

Selon le philosophe Charles Pépin, le métier d’homme est difficile et nous ne nous en sortirons pas sans la douceur : « C’est parce que la vie est dure que la douceur est nécessaire ; c’est parce que nous venons au monde inachevés, intranquilles, quasiment perdus, que la douceur est salutaire ».

Jamais autant qu’aujourd’hui, je n’ai éprouvé le besoin de brandir la douceur comme un étendard, de crier haut et fort cette paix intérieure pour qu’elle essaime mon monde, à l’extérieur. Je ressens la douceur si puissamment dans chacune de mes cellules ; son énergie réconfortante, sa puissance transformatrice font d’elle une énigme qu’il me revenait de percer, guidée par les mots d’une grande poésie de la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle, croisés avec les recherches de la journaliste Aurélie Godefroy.

Dans toutes les traditions spirituelles, la douceur relève d’un attribut de Dieu, avant d’être une vertu humaine. Tantôt élevée au rang d’état de grâce, tantôt inscrite comme fondement même de l’éthique, la douceur est féconde et porte en elle la quintessence des causes morales et politiques : la paix, le pardon, la générosité, la compassion, l’écoute, la justice…

« Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. » Évangile selon saint Matthieu

Certes, il n’est pas toujours doux de vivre. Car la douceur ne se possède pas, elle nous visite, inspirée d’un regard, d’un geste, d’une sensation, d’une lumière… Nous la sentons là, aussi discrète, intense et vitale qu’un battement de cœur.

La douceur nait de la vie comme la vie nait de la douceur. Venue du plus loin de la mémoire de la vie, là où mère et enfant ne font qu’un, la douceur évoque un paradis perdu, un bercement.

« La douceur vient avec la possibilité de la vie, avec l’enveloppe utérine qui filtre émotions, sons et pensées, avec l’eau amniotique, avec le toucher à l’envers de la peau, avec les yeux fermés qui ne voient pas encore, avec la respiration encore protégée des agressions de l’air. Sans la douceur de ce toucher originel nous ne serions pas au monde. » Anne Dufourmantelle

Le monde de l’enfance prolonge l’expérience de la douceur. On ne survivrait pas à l’enfance sans douceur, car tout y est tellement exposé, suraigu, violent en un sens, à découvert, que la douceur en est le préalable absolu.

Dans les bras maternels, la douceur s’éprouve, elle laisse une marque indélébile, une harmonie entre caresse et fermeté, une essence que le philosophe André Comte-Sponville prête au féminin : « …c’est un courage sans violence, une force sans dureté, un amour sans colère ».

Cette faculté de tisser une relation douce à soi-même et aux autres élève la douceur au rang des plus grandes qualités existentielles que sont la sagesse et la noblesse. Dans cette harmonie que vise la douceur, elle tient compte de la cruauté et de l’injustice du monde. Pour la philosophe : « être doux avec les choses et les êtres, c’est les comprendre dans leur insuffisance, leur précarité, leur immaturité, leur bêtise ».

Selon Anne Dufourmantelle, un art illustre autrement l’intelligence inhérente à la douceur : l’art équestre. « Il suppose l’entente de l’homme et de l’animal à un haut degré de raffinement et de complicité. Il s’agit pour l’un de comprendre (de deviner, de tolérer) l’autre au point d’en être accepté. Le cheval peut être guidé, dressé, bridé, cravaché, il ne s’accordera au cavalier que si celui-ci sait trouver avec douceur la légèreté de main et le mouvement dont il s’ajustera à la foulée du cheval. Il y a dans l’équitation un art de la douceur comparable à nul autre. En cela, la douceur est une harmonie. »

L’intelligence de la douceur porte la vie, elle y laisse son empreinte subtile au gré de notre vécu ; de l’animalité, elle garde l’instinct, de l’enfance l’énigme, de la prière l’apaisement, de la nature l’imprévisibilité, de la lumière la lumière.

La douceur est une manière d’être au monde. Les êtres qui en font preuve sont des résistants dont les actes ont plus de pouvoir sur le cœur des hommes que la violence et la barbarie. Incapables de trahir comme de se trahir, leur combat est au centre de l’éthique et du politique.

« La douceur est invincible » Marc Aurèle

Oui, la douceur est politique ! Elle est une force de résistance qui s’oppose à toute tentative de contrôle. Car elle n'est ni désobéissance ni insurrection. Elle n’offre aucune prise au pouvoir ; elle est non-gouvernable. « Là où la loi commande, la douceur invite. Là où la loi menace, la douceur attire. Là où la loi contraint, la douceur engage. »

La douceur est une passivité-active. Elle ne plie pas. Sa force de résistance tient précisément à sa vulnérabilité, à son exposition à tout ce qui peut la détruire. La promesse de la douceur est aussi celle d’un retournement des pouvoirs, d’une révolution secrète. Précisément parce qu’elle ne commande pas, n’oblige pas, ne gouverne pas. Comme dans certains arts martiaux, la douceur peut retourner le mal et le défaire mieux qu’aucune autre réponse.

« Son pouvoir est immense : elle soigne les âmes blessées, elle éloigne du mal ; elle nous guérit de l’illusion de la toute-puissance. Elle nous arrache au vouloir et nous rend au désir. » Charles Pépin

La douceur ne laisse pas indemne ; elle modifie substantiellement ce qu’elle affecte. Parce qu’elle sublime la vie, la sauve, l’accroît, elle est une insoupçonnable puissance de transformation des choses et des êtres.

« Je crois que la puissance de métamorphose de la vie elle-même se soutient dans la douceur. Quand l’embryon devient un nouveau-né, quand la chrysalide laisse éclore le papillon, quand une simple pierre devient la stèle d’un espace sacré dans les jardins de Kyoto, il y a, au minimum, la douceur. » Anne Dufourmentelle

La transformation ne peut arriver que dans la douceur. Elle n’est pas possible sans l’énergie du cœur, sans le courage du désir. À l’opposé de la violence de l’effraction, de l’injonction de la norme, elle crée un espace de liberté, la bonne distance, le bon rythme, qui permet à chacun d’oser exister à sa mesure.

« Car la douceur rend possible autre chose qu’elle-même ; elle favorise tous les passages, permet toutes les transitions, les métamorphoses les plus belles. » Charles Pépin

La douceur commence par soi, l’accueil de soi. Se montrer doux avec soi est très éloigné du défaitisme, de l’inaction ou de la complaisance. Cette capacité d’autocompassion favorise une grande résilience face aux difficultés, mais aussi une meilleure aptitude à se remettre en question, accompagnée d’un désir accru de changer !

En accueillant qui nous sommes, nos sensations, nos émotions… avec douceur, nous augmentons notre qualité de présence à nous-même et devenons capables d’augmenter notre accueil de l’autre avec douceur. En accueillant la douceur en nous, nous devenons meilleurs.

Mes sources d'inspiration :
Puissance de la douceur - Anne DUFOURMANTELLE
Eloge de la douceur - Aurélie GODEFROY
Et si nous réapprenions la douceur ? - Charles PEPIN

Le sens est un puissant levier d’engagement et de joie… Pourquoi je me lève chaque matin ? Pourquoi j’ai choisi ce métier ? Pourquoi je prends cette décision ? Cette quête de sens qui rythme votre quotidien de travail n’est pourtant pas un long fleuve tranquille car le sens ne se décrète pas ! Ni par votre entreprise, ni par votre manager. Pas davantage par vos clients.

La quête de sens est une chasse au trésor dont vous êtes l’explorateur central. Le sens est une pépite, le carburant qui entraîne votre moteur, l’élan qui vous propulse dans l’action avec énergie et enthousiasme. Cette pépite est nichée dans les profondeurs de votre « mine » intérieure. Vous êtes un gisement de sens et pourtant ne savez pas comment extraire cette matière précieuse. Ne cherchez pas à l’extérieur, vous détenez tous les outils à l’intérieur. Cela demande juste un peu d’apprentissage et d’entraînement. Et surtout de mobiliser toutes vos intelligences… jusqu’à les mettre en cohérence, les aligner en quelque sorte.

En conjuguant toutes vos intelligences, vous êtes capable de percevoir la vie en 4 dimensions et de prendre les décisions les plus justes, celles qui font sens pour vous.

Vous avez toutes et tous déjà fait l’expérience de l’alignement, c’est certain. Souvenez-vous de ce moment intense où vous avez ressenti une incroyable énergie qui a irradié du bout de vos orteils jusqu’à la pointe de vos cheveux et vous a procuré une joie indicible. Un moment suspendu pendant lequel vous vous êtes senti.e puissant.e et porté.e vers l’action.

Vivre de telles sensations reste un événement rare et fugace. Pourtant, tout être humain est doté des ressources dont il a besoin pour sentir le sens dans sa vie et discerner avec clarté ce qui est juste et bon pour lui. Nous le sentions distinctement lorsque nous étions enfant, tout à notre joie de vivre le moment présent. Puis, en traversant l’adolescence, nous avons oublié ; nous avons perdu le contact avec la légèreté, avec la fluidité des émotions. La gravité du cerveau rationnel a pris le dessous jusqu’à nous détourner des autres cerveaux auxquels nous étions connectés dès le plus jeune âge.

Avec les études, le travail, les responsabilités, les contraintes diverses, les expériences de la vie, nous nous sommes forgé un mental fort, car la société met sur un piédestal l’intelligence rationnelle. Depuis l’école, nous avons appris qu’en développant cette intelligence, nous allions accroître nos capacités intellectuelles, obtenir des diplômes, évoluer professionnellement et ainsi réussir dans la vie.

En mettant toute notre énergie à entretenir notre intelligence rationnelle, nous avons fait de notre mental le radar principal pour analyser les situations et prendre des décisions, en nous dissociant des autres intelligences humaines dont nous étions dotés depuis la naissance. Nous avons ainsi occulté des dimensions essentielles pour percevoir distinctement les événements de la vie dans notre monde complexe et incertain.

En ne percevant les situations, qu’à travers notre cerveau rationnel, nous nous limitons à une seule dimension. Alors qu’en conjuguant nos intelligences rationnelle, émotionnelle, sensorielle et spirituelle, nous sommes capables de voir la vie en quatre dimensions !

Les neurosciences ont démontré qu’il n’y a pas de cerveau sans corps. Il est par conséquent impossible de prendre une décision juste sans avoir pris en compte notre ressenti et les émotions qui y sont liées, au niveau corporel.

Nos émotions sont le fruit d’une coopération entre le corps et la tête ! C’est dans notre corps qu’elles se font vibrantes, si nous savons y prêter attention. En se focalisant sur la sensation physique qui fait écho à une émotion, dans les recoins de notre corps, en accueillant et en reconnaissant cette sensation, qu’elle soit agréable ou désagréable, confortable ou inconfortable, nous devenons capables d’en comprendre le sens.

L’intelligence spirituelle, quant à elle, nous permet d’élever notre niveau de conscience sur les événements que nous vivons, c’est-à-dire, les regarder avec l’esprit critique, le recul, la prise de hauteur nécessaires pour les appréhender en toute neutralité, comme un observateur extérieur. Ce cerveau nous autorise également à élargir notre champ des possibles, à voir plus grand et ainsi à nous dépasser. Moins pollués par les peurs, les doutes, les croyances et les limitations de notre mental, nous devenons plus créatifs. Nous nous ouvrons à la nouveauté et à l’inconnue.

Synchroniser tous nos cerveaux nous procure une forme de limpidité intellectuelle qui est littéralement la porte d’entrée de notre intuition.

Nous entraîner régulièrement à solliciter nos quatre cerveaux, en accueillant, écoutant, ressentant profondément, nous permet d’affuter notre perception des signaux faibles et de contacter le sens en nous.

En mettant en cohérence l’ensemble de nos ressources intérieures nous sommes plus à même de faire face aux défis qui nous animent avec énergie, enthousiasme et impact. Nous développons une conscience profonde des choses : sentir et ressentir les événements, les situations, de l’intérieur favorise le développement d’une acuité et d’un discernement très fins.

Dans le monde complexe et impermanent dans lequel nous évoluons, sortir de l’incertitude et avancer dans nos projets avec confiance requiert une grande humilité et beaucoup de tâtonnements. Savoir que l’on ne sait pas nous ouvre à un immense espace de liberté pour s’ajuster, inspirer du nouveau, et ainsi, s’adapter en permanence.

En alignant tous nos cerveaux, nous créons un état de cohérence dans lequel toutes les informations et tous les choix deviennent accessibles, toutes les réponses à nos questions sont disponibles. Avec un entraînement régulier à l’art du discernement, nous sommes en mesure d’ausculter nos mouvements intérieurs pour décoder et comprendre le sens qui est juste pour nous et prendre les décisions en conséquence.

Face à un événement que nous vivons, une situation que nous traversons, un projet que nous construisons, nos intelligences synchronisées se mettent au diapason de notre raison et de notre désir, les conjuguent pour peser leurs poids respectifs chargés de sens. Peser ces pépites de sens nous permet de jauger de quel côté penche notre balance intérieure, de sentir ce qui se qui se manifeste en nous pendant cette pesée, ce qui s’est éventuellement déplacé par rapport à notre position initiale, ou ce qui, au contraire, s’est confirmé.

La décision est prise « du dedans », à partir de notre identité singulière. Il n’y a pas ici de « bon choix en soi », mais un « bon choix pour soi ». La confirmation de ce choix éclot en nous dans un mouvement de paix intérieure, une sensation de stabilité émotionnelle, un élan de confiance. L’action qui en découle est fluide, juste, emprunte d’évidence. Elle ne demande aucun effort, elle ne suscite aucune peur, aussi audacieuse soit-elle.

Harmoniser nos capacités sensorielles et psychiques fait de nous des êtres pleinement incarnés, avec un sens du discernement aiguisé, pour acquérir un haut degré de performance, une maîtrise de soi et une capacité d’adaptation permettant de traverser les difficultés imprévues.

Mes sources d'inspiration :
Et si je libérais mon intelligence intuitive et spirituelle - Valérie SEGUIN
Foi et neurosciences - Thierry MAGNIN
Eloge de la métamorphose - Alain de VULPIAN

Et vous, que faites-vous de vos émotions lorsqu’elles vous assaillent !? Vous les cachez sous le tapis pour les occulter ? Vous « mettez le couvercle » pour éviter qu’elles ne débordent ? Vous les subissez et vous laissez submerger ? Vous les regardez en coin en attendant qu’elles passent ? Ou peut-être vous prend-il l’audace de traverser vos émotions, d’en devenir l’explorateur.rice et de les prendre à bras-le-corps, comme on enlace une amie. Pour ma part, je leur donne de petits noms : ma « petite tristesse », ma « gardienne de peur », ma « renversante colère »… Car aussi inconfortables soient-elles, nos émotions sont de précieuses alliées pour identifier les situations incompatibles avec notre état d’équilibre et donc notre bien-être. Plus encore, nos émotions sont la porte d’entrée vers nos sentiments et notre cœur.

Nos émotions nous embarrassent, nous mettent mal à l'aise... Et pour cause, nous ne savons pas les décrypter. Tout comme une langue étrangère qui nous est inconnue, l'expression de nos émotions provoque en nous perplexité et confusion. Notre première réaction consiste donc tout naturellement à les ignorer !

Pourtant, lorsque l'on prend la peine de les explorer, on découvre que chacune de nos émotions recèle un trésor enfoui. Elles sont un passage vers une dimension complètement privée, qui nous est inaccessible sans une écoute profonde de nous-même : nos sentiments. Eprouver nos sentiments est un privilège, une clé qui ouvre toutes les portes de la reconnaissance de notre vraie nature.

Pour comprendre le mécanisme de nos émotions, j’aimerais vous partager ici trois regards très éclairants et complémentaires. Le regard de la psychologue et psychothérapeute Jeanne Siaud-Facchin éclaire le chemin vers La guérison émotionnelle. L’éclairage scientifique est celui du neurologue Antonio R. Damasio dans un ouvrage où il mêle également la dimension philosophique : Spinoza avait raison. Joie et tristesse, le cerveau des émotions. Et enfin, Stéphane Drouet, psycho-praticien et thérapeute quantique nous amène à comprendre nos émotions avec L’intelligence quantique du cœur.

Nous sommes des êtres émotionnels

Emotion vient du latin « emovere » qui signifie mouvement. Une émotion est donc une force qui nous met en mouvement. Être traversé par une émotion se rapporte à faire l’expérience d’une énergie circulant dans notre corps, nous projetant vers l’action. Elles créent de la vie en nous. Elles nous façonnent et nous donnent le sentiment d’exister, d’être en lien avec ce qui se manifeste dans le présent. Voilà pourquoi nous y sommes tellement attachés. Car notre besoin profond est existentiel. En apprenant à accueillir nos émotions, nous nous ouvrons donc au mouvement de la vie.

En soi, l’énergie émotionnelle est neutre. C’est la sensation générée et la réaction physiologique qui rendent une émotion positive ou négative et ce sont les pensées qu’elle suscite, en miroir, qui lui donnent un sens. Que les émotions soient positives ou négatives, c’est l’affaire du mental. Il va aller chercher les expériences et croyances héritées du passé ou de l’éducation pour étiqueter chaque émotion.

Nous sommes littéralement sous influence émotionnelle car nos émotions circulent à une vitesse qui dépasse largement celle de nos pensées. Il nous est donc impossible de contrôler les émotions par la pensée. Bien au contraire, nous sommes sous le joug d’un véritable tourbillon intérieur, un ballet perpétuel : chaque émotion fait émerger une pensée, consciente ou inconsciente et chaque pensée déclenche une émotion, ressentie ou non. Les deux sont indissociables et ne peuvent s’exprimer qu’en écho l’une de l’autre.

Dans leur mode automatique, les émotions nous coupent de notre liberté d’être et de penser. Nous sommes alors soumis à leur diktat, victimes d’un fonctionnement souterrain auquel nous n’avons pas accès.

Si chaque émotion suscite une réaction automatique et stéréotypée de la part de notre organisme, elle n’en reste pas moins un processus complexe et élaboré. Ainsi, les émotions constituent le moyen naturel pour le cerveau d’évaluer notre environnement à l’intérieur et hors de notre corps, afin d’y répondre de façon adaptée.

Accueillir nos émotions pour se mettre en mouvement

Il existe principalement deux sources d’émotions : l’une est la peur et toutes les émotions qui en découlent ; l’autre est l’amour ainsi que les sentiments qui en résultent. Nous vibrons tous à travers ces deux polarités émotionnelles, mais celle qui nous assaille le plus souvent est la peur. Notre vie tout entière est émaillée par la peur, une peur aux mille visages, alimentée par notre mental, celui-là même qui a forgé nos blessures et nos schémas. En conséquence, nos relations se fondent majoritairement sur la peur et minoritairement sur l’amour.

Les émotions issues de la peur déclenchent des turbulences qui ébranlent tout notre corps et notre cœur. Nous avons tendance à les subir, comme des ennemies, en résistant aux réactions qu’elles suscitent en nous. Alors que, comme des amies intimes, elles viennent tambouriner par toutes les cellules de notre corps pour nous mettre en alerte sur une situation inconfortable pour nous.

Le signal émotionnel que nous ressentons entraîne un grand nombre de tâches importantes, consciemment ou inconsciemment. Il attire l’attention sur certains aspects du problème et améliore ainsi la qualité du raisonnement à son propos. Quand le signal est explicite, il produit des signaux d’alarme automatisés concernant les options d’action susceptibles de donner des résultats, à la lumière des expériences que nous avons vécues antérieurement. Le signal émotionnel marque les options et les résultats d’un indice positif ou négatif qui réduit l’espace de prise de décision et augmente la probabilité pour que l’action se conforme à l’expérience passée.

Plus nous sommes conscients de ces turbulences intérieures et de leur signification, meilleure sera notre réponse. Nous avons donc la responsabilité d’accueillir nos émotions et de les écouter, pour les comprendre. Nous entraîner à reconnaître nos ressentis, dans les recoins de notre corps, nous redonne de l’espace pour agir et la liberté de réguler notre monde intérieur.

« Je ressens – pause – j’agis »

Jeanne Siaud-Facchin

La pause, c’est l’espace entre le stimulus de l’émotion, ou signal émotionnel, et la réponse. C’est notre espace de liberté pour souffler, prendre notre température intérieure et peser ce qui semble juste pour nous en écho avec nos ressentis.

Cette respiration nous permet de nous dégager de l’influence de ces « shoots émotionnels » et de sortir du circuit fermé émotions-pensées en restant centrés sur nos sensations corporelles. L’idée n’est pas ici de chercher à nommer les émotions que nous vivons mais de ressentir ce qu’elles produisent en nous, de les explorer avec curiosité. Une gorge nouée, un thorax comprimé, un poids dans le ventre, sont autant de sensations qui parlent de notre émotion. Accueillir ces tensions et écouter le tumulte de notre corps avec attention permet d’apaiser l’émotion et de retrouver le calme nécessaire à la résolution de la situation.

Lorsque nos émotions créent de l’inconfort, notre vision de la vie est déformée. Rééquilibrer notre état émotionnel passe donc par la recherche d’une cohérence intérieure ; un état qui nous est accessible si nous prenons la peine de traverser ces émotions pour voir au-delà, dans le repli de notre cœur, dans la grandeur de nos sentiments.

Les émotions, une fenêtre ouverte sur nos sentiments

Les émotions et les sentiments sont si intimement liés qu’ils forment ensemble un processus continu qui nous donne à penser qu’ils ne sont qu’une seule et même chose. Pourtant, il serait plus juste de dire qu’ils sont jumeaux ! Le premier né étant l’émotion…

Pour comprendre la chaîne complexe des événements qui s’amorcent avec l’émotion et mènent au sentiment, il est utile d’observer la partie de ce processus qui est rendue publique et celle qui reste privée. En effet, les émotions sont des mouvements qui se déploient de façon publique, qui sont visibles pour autrui dès lors qu’ils se manifestent sur le visage, dans la voix et à travers des comportements spécifiques. A l’opposé, les sentiments sont toujours cachés, comme toutes les images mentales. Seul celui qui les possède peut les voir et ils constituent la propriété la plus privée de l’organisme.

« Les émotions se manifestent sur le théâtre du corps ; les sentiments sur celui de l’esprit. »

Antonio R. Damasio

Chaque shoot émotionnel ouvre une brèche et sert d’onde porteuse à tout le spectre des sentiments, entre bien-être et souffrance. Les sentiments résonnent comme la musique qui habite sans cesse notre esprit, une mélodie qui se fait tantôt chant d’allégresse lorsque nous sommes envahis par la joie, tantôt requiem funèbre quand la tristesse nous gagne.

Si quelque chose dans notre existence peut être un révélateur à la fois de notre faiblesse et de notre grandeur, ce sont bien les sentiments. Ils sont l’expression de l’épanouissement et de la détresse humaine, tels qu’ils se produisent dans notre esprit et notre corps. Ils révèlent l’état vécu au sein de notre organisme tout entier, dans le langage de l’esprit.

Le sentiment de joie s’apparente à des sensations délicieuses qui courent dans notre sang jusqu’au fond de notre cœur et qui traversent notre esprit le plus pur dans une impression de calme. Notre esprit et notre corps se mêlent en harmonie. Tout conflit intérieur s’apaise.

Le sentiment de tristesse s’accompagne d’une sensation de rétrécissement intérieur, voire de verrouillage de certaines parties de notre corps. Notre esprit et notre corps se trouvent comme entravés et notre respiration peut être altérée jusqu’à l’apnée.

Les sentiments sont des sentinelles. Ils font savoir à notre conscience quel est l’état vécu par notre organisme à un moment donné. Ce sont des manifestations mentales de l’équilibre et de l’harmonie, du déséquilibre et de la discorde vécus en nous.

Les sentiments, ces sentinelles qui veillent sur notre équilibre

Persévérer dans notre être requiert des efforts constants ; c’est même la destination première de notre existence.

« L’être humain n’a pas été créé en priorité pour le bonheur, mais essentiellement pour l’évolution. »

Stéphane Drouet

Tout ce qui nous arrive dans la vie est orienté dans ce sens. Le bonheur n’étant que la conséquence heureuse de notre trajectoire d’évolution.

Pour nous aligner avec notre juste place, nous attirons à nous, dans notre vie, des situations, des personnes, qui nous renvoient à nos excès, qui résonnent avec nos conditionnements. Lorsque nous ressentons une résistance, un inconfort, voire une souffrance, c’est le signe que la vie nous lance un défi, nous invitant à nous remettre en mouvement afin d’entrer en harmonie avec notre vraie nature.

Nous sommes donc responsables de tout ce que nous créons par nos pensées, nos émotions et nos sentiments en construisant un champ de cohérence en nous et autour de nous. Cette cohérence a également un rôle déterminant dans nos prises de décisions car notre mental, nos émotions et nos sentiments synchronisés s’accordent pour faire les meilleurs choix pour nous dans un discernement et une clairvoyance aiguisés. C’est dans cet état d’alignement profond que tous les choix deviennent accessibles, que toutes les réponses à nos questions sont disponibles.

En nous connectant à la grandeur de nos sentiments, nous ouvrons en grand notre corps et notre esprit et nous dilatons notre cœur. Alors, tout peut exister car nous avons un espace infini en nous.

A l’heure de la sobriété énergétique, je vous propose de vous connecter à une ressource inépuisable et pourtant méconnue, vecteur de joie et d’épanouissement : votre désir ! Il fait partie des ressources encore mal connues car accéder à son désir requiert d’aller explorer au plus profond de son cœur. Et pour la plupart, nous n’avons pas appris à écouter notre cœur, à sonder au-delà du bruit de fond produit par notre ego… Car je ne parle pas ici de notre désir de posséder toujours plus, guidé par notre mental, mais du désir comme moteur de notre vie et guide pour nous réaliser ! Pour vous montrer le chemin, je me suis inspirée des philosophes, car ils ont observé que le désir tient un rôle essentiel dans la vie et que notre bonheur, le nôtre et celui de notre entourage, dépend de sa maîtrise.

Pour vous mettre sur la piste de votre désir, j’ai trouvé un formidable manuel d’éducation au désir signé par le philosophe et sociologue Frédéric Lenoir à travers son dernier livre Le désir, une philosophie.

Frédéric Lenoir est convaincu que nous ne trouverons notre liberté et une joie véritable qu’en cultivant nos désirs les plus personnels et en les orientant vers des objets qui nous font grandir, qui donnent du sens à nos vies, qui nous permettent de nous réaliser pleinement selon notre nature singulière.

En revisitant les philosophes de l’Antiquité d’Orient et d’Occident à aujourd’hui, il pointe deux clés de compréhension du désir humain dont nous faisons tous l’expérience : le désir-manque, qui nous apporte du plaisir, mais qui peut aussi nous conduire à la convoitise, à l’envie et à l’insatisfaction permanente ; et le désir-puissance, qui nous élève jusqu’à la joie parfaite, mais qui peut aussi nous conduire à une forme de domination ou d’excès s’il n’est pas réglé par la raison. Selon F. Lenoir, notre existence oscille bien souvent entre les deux et si nous aspirons à la sérénité et à la joie, il est nécessaire de se concentrer sur le désir-puissance, d’apprendre à le discerner et à bien l’orienter.

Notre cerveau est configuré pour désirer toujours plus

C’est avec Platon, que nous découvrons le désir-manque. Il présente l’être humain comme un perpétuel insatisfait qui ne cesse de désirer ce qu’il n’a pas. Nous sommes tous familiers de ce processus sans fin : nous désirons jusqu’à ce que nous obtenions l’objet de notre désir pour finalement nous en lasser et reporter notre désir sur un nouvel objet à désirer, dont nous allons également finir par nous lasser… Le désir-manque est largement exploité par la société de consommation dans laquelle nous évoluons !

Pour expliciter ce processus, F. Lenoir met en lumière les travaux du chercheur en neurosciences Sébastien Bohler qui propose une synthèse des recherches scientifiques sur le cerveau humain dans son lien avec le désir et le plaisir. Il met en cause une partie archaïque de notre cerveau : le striatum, programmé depuis des millions d’année pour la survie de l’individu et de l’espèce. Chaque fois que notre quête de nourriture, de sexe, de pouvoir ou d’information est couronnée de succès, le striatum libère de la dopamine, la molécule du plaisir. Motivés par notre cerveau, nous sommes donc naturellement en quête de ce plaisir occasionné par la satisfaction de nos désirs.

« Notre cerveau est configuré pour en demander toujours plus, même quand ses besoins sont satisfaits » précise Sébastien Bohler (XXIe siècle)

Le striatum nous pousse ainsi, de manière compulsive, à désirer toujours plus ! Cette tendance au toujours plus est renforcée par la comparaison sociale, inscrite dans nos gènes, qui nous incite à nous comparer à nos semblables et à vouloir posséder davantage qu’eux. Nous désirons ce que les autres désirent (désir mimétique), ce que les autres possèdent (convoitise) et nous comparons notre bonheur au leur (envie).

Dans l’expression de ce désir-manque, conduit par notre striatum vers une insatisfaction permanente, se joue la manifestation de notre ego. Pour enrayer cet appauvrissement du désir et contourner les effets de notre cerveau, il nous appartient de nous connecter à nos désirs profonds, porteurs de notre singularité et de notre élan vital.

Cultiver notre désir pour augmenter notre puissance vitale

C’est le philosophe hollandais Baruch Spinoza qui constate la place centrale que tient le désir dans notre existence. Le désir est une force qu’il faut cultiver pour nous sentir de plus en plus vivants, pour augmenter notre puissance d’action et pour grandir dans la joie. Il définit le désir-puissance comme cet appétit conscient qui nous pousse à persévérer dans notre être et à augmenter sans cesse notre puissance vitale.

« Le désir est l’essence de l’homme » écrivait Spinoza au XVIIe siècle.

L’être humain est selon lui un être désirant qui jouit pleinement de la vie grâce au désir. Un être humain qui ne ressent plus aucun désir est un mort-vivant. Lorsque nous sommes sourds à notre désir, nous diminuons notre puisse d’être et d’action et nous ressentons de la tristesse. Lorsque nous écoutons notre désir, nous augmentons notre puissance vitale et nous ressentons de la joie.

Pour grandir dans la joie, il nous revient d’orienter nos désirs vers des idées, des choses, des personnes, des aliments qui sont bons pour nous et qui s’accordent bien avec notre nature singulière. Pour cela, nous devons soumettre nos désirs au discernement de notre raison, voire de notre intuition si nous l’avons développée. C’est par l’observation minutieuse de nous-même, par l’introspection, par l’expérience de la vie, que nous parvenons à déceler et à nous connecter aux désirs qui sont bons pour nous et font notre bonheur.

Nietzsche, quant à lui, emprunte à Spinoza cette force désirante de l’être humain qui le pousse à grandir, à prospérer et à agir, qu’il baptise « volonté de puissance ». Comme Spinoza, il admet que pulsions, désirs et passions peuvent nous avilir, c’est pourquoi, il convient selon lui de les spiritualiser, de les embellir, de les élever par la raison et par les effets les plus nobles que sont l’amour, la gratitude et la joie.

Nietzsche dépeint l’être humain désirant comme un surhomme qui assume pleinement la vie, qui dit « un grand oui sacré » à la vie, car il l’aime telle qu’elle est, et non pas telle qu’il voudrait qu’elle soit.

« Nietzsche nous invite donc à affirmer notre volonté de puissance, à désirer pleinement, à nous dépasser, à développer notre créativité, mais aussi à acquiescer au monde et à la vie » nous partage F. Lenoir.

Avec le philosophe Henri Bergson, nous continuons à marcher dans les pas de Spinoza et de Nietzsche, à travers sa théorie de « l’élan vital » qui désigne ce mouvement créateur permanent qui accompagne l’évolution de la vie et des êtres. Il permet non seulement à la vie de dépasser les obstacles qui se présentent, mais aussi de migrer continuellement en créant de la nouveauté.

Cet élan de vie se caractérise par une « formidable poussée intérieure ». Nous sommes tous soutenus, traversés, tirés par l’élan vital, qui nous incite à progresser, à grandir, à nous adapter, à évoluer, à créer et à nous inventer.

Pour F. Lenoir, cultiver notre puissance vitale, comme le soulignent Spinoza et Nietzsche, ou cultiver l’élan vital, à l’invitation de Bergson, nous conduit à désirer en nous sentant pleinement vivants. Mais, plus que l’objet du désir, c’est le mouvement même du désir qui importe dans le sens où il nous inspire, nous fait agir, nous rend créatifs.

Oser désirer, avec intensité et détermination

« Malheur à celui qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. » Jean-Jacques Rousseau (1761)

Les philosophes nous engagent ici à oser désirer et à écouter nos désirs. Or, bien souvent, nous n’avons pas conscience de nos désirs profonds et ne savons pas comment nous y connecter. Si nous sommes conscients de notre désir, nous pouvons avoir des difficultés à les exprimer et le chemin vers leur réalisation est donc bloqué. Alors, comment identifier ces désirs qui pourraient nous mettre dans la joie ?

Le médecin et penseur suisse Carl Gustav Jung a placé ces questions au cœur de sa pratique thérapeutique et de sa réflexion. Pour lui, la question du sens de la vie et centrale. Selon Jung, il existe deux grandes voies pour répondre à ce besoin vital de sens : la religion et le processus d’individuation. Une croyance religieuse structurante fournit en effet à l’être humain un dispositif de sens qui l’aide à vivre et qui répond à son besoin fondamental d’avoir une représentation du monde et de son existence qui satisfasse la totalité de son être (conscient et inconscient). Ce besoin peut aussi provenir, pour des individus non religieux, d’un travail psychologique et spirituel, que Jung appelle le « processus d’individuation », et qui consiste à devenir l’individu singulier que nous sommes, à accéder à notre véritable personnalité. Il s’agit d’accueillir et de faire grandir ce qui pousse en soi, de conscientiser le mouvement singulier de notre puissance vitale et d’identifier ainsi nos désirs les plus profonds et personnels. A la suite de Spinoza, Nietzsche et Bergson, Jung est donc convaincu que chaque individu est mû par une force intérieure qui le pousse à s’accomplir, à se réaliser de manière unique, d’où le mot « individuation ».

« Il s’agit de dire oui à soi-même », écrit Jung.

Pour y parvenir, Jung nous invite à écouter les messages de notre inconscient, notamment à travers nos rêves et les synchronicités (les troublantes coïncidences qui se manifestent parfois dans nos vies), à faire tomber le masque social que nous portons et qui dissimule notre véritable personnalité et à identifier nos désirs les plus intimes et les plus forts, ceux qui nous mettent dans la joie.

Jung a ainsi mis à jour une loi universelle de l’être humain : ce besoin de s’accomplir de manière singulière en réalisant sa personnalité, en accomplissant sa vocation profonde. S’aligner avec nos désirs, nous procure une joie et une énergie intenses, et la détermination à aller jusqu’au bout de ce que nous entreprenons.

« Plus l’âme désire avec intensité, plus elle rend les choses agissantes, et le résultat est semblable à ce qu’elle a souhaité » écrivait le grand théologien médiéval Saint Albert le Grand (XIIIe siècle).

Dans sa carrière, F. Lenoir nous confie avoir expérimenté cette vérité absolue : l’univers répond bien souvent aux désirs les plus profonds et les plus justes de notre cœur. J’observe combien ce constat se vérifie, à titre personnel, en osant prendre ma place dans une nouvelle trajectoire professionnelle, et via le chemin parcouru par les personnes que j’accompagne dans la clarification de leur intention. Lorsque nous sommes alignés avec nos désirs, tout s'aligne !

Mettre de la conscience sur nos désirs pour mener une existence juste et bonne

« La manière dont nous orientons nos désirs n’a pas seulement un effet sur notre vie personnelle : elle impacte aussi notre entourage, la société dans laquelle nous vivons et aujourd’hui la planète entière » souligne l’auteur.

En matière de désir, la question essentielle à se poser est la suivante : mon désir s’exprime-t ’il dans « l’être » ou « l’avoir » ? Si nous plaçons essentiellement notre désir dans le domaine de l’avoir, nous demeurons éternellement insatisfaits et restons prisonniers des pulsions de notre cerveau primaire. A l’inverse, si nous sommes mus par un accroissement de notre être, nous ne sommes jamais frustrés car la connaissance, l’amour, la contemplation de la beauté, le progrès intérieur nous comblent.

Dans son livre Avoir ou être. Un choix dont dépend l’avenir de l’homme (1976), le psychanalyste et sociologue américain Erich Fromm affirme que du choix que l’humanité fera entre ces deux modes d’existence dépend sa survie même. « Pour la première fois dans l’histoire, la survie physique de la race humaine dépend du changement radical du cœur humain ».

Un rééquilibrage entre l’avoir et l’être, entre l’extériorité et l’intériorité, entre les besoins du corps et les besoins de l’âme, entre la conquête du monde et la conquête de soi, est plus que jamais nécessaire. Pour mener une existence juste et bonne, nous devons mettre de la conscience sur nos désirs. Cela suppose une très grande soif de vérité. C’est parce que j’ai un très grand désir de vérité que je serai capable de dépasser mes désirs-manque, mes peurs et mes croyances et de les soumettre objectivement à la vérité des faits et du réel. Cette urgence à bien penser est devenue vitale pour F. Lenoir.

« La survie de nos sociétés dépend de cette juste orientation de nos désirs et cela ne peut se faire sans qu’ils soient polarisés par le respect du vivant, le souci d’autrui et la recherche de vérité. Il est donc plus que jamais nécessaire de mettre de la conscience sur nos désirs. Tel est sans doute le plus grand défi de notre époque. »

Personnellement, je m'emploie chaque jour à conscientiser mes désirs et à les expliciter, pour comprendre et me faire comprendre de mon entourage sur ce qui m'anime dans ma vie. Cet entrainement quotidien à cultiver, nourrir et m'aligner avec mes désirs est un processus puissant qui me met en mouvement avec détermination et efficacité, et me procure une joie immense !

Pour diffuser la puissance du désir et stimuler le pouvoir d'agir autour de moi, j'ai choisi de guider les individus et les collectifs qui souhaitent se connecter à leur nature profonde en contribuant à faire émerger leur singularité et à se réaliser dans l'action avec énergie et impact.

Et vous, mettez-vous de la conscience sur vos désir ?

Je fête aujourd’hui un bel anniversaire, celui de ma liberté professionnelle ! Voilà 3 ans que j’ai quitté le salariat et je savoure chaque jour un peu plus le goût de cette liberté nouvelle. Non pas la liberté de ne plus travailler mais la liberté de choisir ma route, mon histoire professionnelle. La liberté d’explorer de nouveaux horizons, de me tromper, de bifurquer et d’incarner pleinement ma contribution à l’œuvre que j’ai choisi d’accomplir.

Car c’est bien d’accomplissement dont il est question. Ça n’est pas la liberté que je suis allée chercher en premier lieu en quittant mon emploi de salariée ; c’est la nécessité de combler un désir d’accomplissement personnel dans ma vie professionnelle. Un désir d’expansion, de dépassement de soi littéralement ! La valeur « liberté » ne m’est apparue que récemment, comme la seule voie possible face à une crise que j’ai dû traverser.

« La liberté ne se définit pas par la quantité de choix, mais elle se construit à partir des obstacles qu'elle trouve sur son chemin... » souligne la philosophe Gabrielle Halpern.

La liberté n’est donc pas un acte posé là, une décision que l’on prend. Elle commence par s’insinuer dans notre vie, subtilement, dans les interstices de notre Désir de travail. Elle profite de l’espace que nous lui accordons pour s’y introduire et lorsque ce Désir de travail est bien clair, notre liberté peut s’exprimer pleinement.

Puiser à la source de notre Désir de travail

Quand on cherche à comprendre en quoi consiste la liberté dans le travail, il est utile de commencer à se questionner sur son Désir de travail. Cette notion a été développée par Roland Guinchard, psychologue et psychanalyste et Gilles Arnaud, psychosociologue et professeur de psychologie des organisations à l'ESCP, dans leur ouvrage Psychanalyse du lien au travail. Le désir de travail. [A lire aussi : « Savoir donner toute sa place à notre désir, dans le travail… »]

Pour les deux auteurs, la question du Désir de travail se pose à tous car il existe chez tout être humain une énergie pulsionnelle orientée vers l’action et la réalisation :

« Cette poussée énergétique brute, en s’intégrant à la psychologie de l’individu au cours des premières années de sa vie, se transforme alors en un désir d’agir et de faire à la recherche d’un accomplissement en ce monde… »

Dans leur ouvrage, ils proposent de changer de regard : plutôt que de chercher à mettre un peu de désir dans le travail, faire apparaître que le travail est partie intégrante du désir humain

Toute personne qui travaille ou souhaite travailler, doit donc s’attacher à ne jamais renoncer à son désir et s’engager à faire absolument quelque-chose de ce désir-là ! Pas seulement une petite place, ni n’importe quelle place car le désir de travail est exigeant. Chacun d’entre nous a donc la responsabilité de clarifier son Désir de travail pour lui donner toute sa place.

Alors que je m’efforçais en vain depuis des années de donner un nouveau souffle à ma carrière dans la communication, j’ai dû me rendre à l’évidence que mon Désir de travail était ailleurs… Il m’a fallu traverser de nombreux écueils pour, à chaque fois, être amenée à creuser un peu plus profondément en moi et trouver enfin la source de mon Désir de travail. Alors, le temps est venu d’en parler, à toutes les personnes susceptibles de m’aider à le préciser encore et encore, à le comprendre, à le rendre tangible, accessible… jusqu’à me sentir complètement au clair et alignée avec ce Désir de travail.

C’est à ce moment-là que les premiers indices de liberté sont apparus. A travers le sentiment que tout devenait possible grâce à la nouvelle activité que j’étais en train de me construire, au gré de rencontres et d’opportunités. [A lire aussi : « Quand tout devient possible ! »]

Assez naturellement, est né ensuite le besoin de nourrir ce désir de travail en s’aventurant dans de nouvelles contrées pour continuer à apprendre et ainsi, me dépasser. Car, selon Spinoza, le désir est un effort pour persévérer dans son être. Cette période où l’on explore le champ des possibles, où l'on se « jette à l’eau » pour apprendre encore et challenger ses capacités, est d’une richesse incroyable ! On repousse les limites toujours plus loin pour s’augmenter et tendre vers la liberté. Pour le penseur indien Jiddu Krichnamurti, apprendre est un mouvement qui libère l’esprit et qui ouvre en grand l’espace dans lequel notre Désir de travail peut s’exprimer.

Selon Jiddu Krichnamurti, la liberté intérieure est impossible sans cet espace intérieur.

« La liberté est un état d’esprit. Un état d’esprit qui ne peut être compris sans l’espace. La liberté exige de l’espace. L’esprit ne peut-il jamais être libre s’il ne possède pas à l’intérieur de lui-même un espace illimité ? »

A ce moment-là, après que j’ai créé l’espace permettant à mon Désir de travail de s’épanouir, j’ai pris conscience combien la valeur liberté était devenue cruciale pour moi.

Libérer les énergies dans le travail

Si l'on s’inspire de la conception énergétique du désir de Spinoza, faire toute sa place au Désir de travail revient à déployer une puissante énergie au service d’une mission qui nous tient à cœur.

L’enjeu pour l’entreprise et le management se situe dans leur capacité à donner aux personnes qui travaillent la liberté d’agir, de créer et de s’accomplir autant que possible dans leur activité professionnelle. Pour cela, il convient de prendre en compte la singularité de chaque individu et de reconnaître l’énergie humaine qui est à l’œuvre dans son travail. [A lire aussi : « Trouver sa juste place au travail, c’est permettre à sa singularité de s’exprimer pleinement »]

Récemment, Marie, une jeune manager que j’accompagne me partageait son intention de faire monter en compétence son équipe pour que chaque individu gagne en autonomie et prenne ses responsabilités dans ses missions. Et là, perplexe, elle constatait qu'en réaction, la plupart des membres de son équipe s’étaient mis en retrait de leurs responsabilités. Pour bien comprendre, il faut savoir que cette équipe a longtemps travaillé « sous cloche », dirigée par un manager omniprésent qui commandait la moindre tâche à effectuer. Cette liberté subitement offerte par leur nouvelle manager est apparue très effrayante pour une équipe qui a longtemps été maternée.

Pour permettre à ses collaborateurs de prendre la mesure de leurs responsabilités, Marie, doit donc veiller à faire émerger le Désir de travail de chacun des membres de son équipe. Inscrire ces désirs individuels dans une ambition commune et une exigence forte invitant au dépassement. Et rendre visible par la reconnaissance le chemin parcouru et le fruit des efforts consentis par chacun.

« Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité » Victor Hugo

Dans son ouvrage Travail, la soif de liberté, le DG de la Word Employment Confederation, Dennis Pennel milite pour un modèle plus organique d’entreprise, qui passe par une meilleure reconnaissance et un meilleur respect de la nature humaine, où l’être humain est considéré d’abord pour ce qu’il apporte plus que pour ce qu’il exécute.

Il pointe la naissance d’un nouvel âge du travail, réconcilié avec la liberté, pour répondre à une aspiration profonde des travailleurs vers plus d’autonomie et moins d’autorité. Il dépeint dans son livre le « besoin d’air » qu’éprouvent nombre de salariés face à des prescriptions de plus en plus contraignantes et une charge de travail de plus en plus stressante.

Denis Pennel accuse la « perte de soi-même » car beaucoup de travailleurs n'ont le sentiment d’être eux-mêmes qu’en dehors du travail ; dans le travail, ils se sentent en dehors d’eux-mêmes.

Donner le meilleur de soi, dans le travail

Denis Pennel nous invite à introduire une forme d’écologie humaine au travail : « tout comme l’écologie de la nature doit entendre le cri de la planète, celle du travail doit écouter le cri de hommes ! »

Le travail a connu de nombreux bouleversements ces dernières années. Tout d’abord avec le déploiement du télétravail, le travail est de moins en moins un endroit où se rendre qu'une activité à mener. Dans le même temps, les heures de bureau ont volé en éclat ! Autre phénomène observé par Josh Bersin, analyste pour Deloitte : « Dans le monde d’aujourd’hui, les gens ne sont plus embauchés pour un poste mais plus pour des rôles qu’ils vont occuper. Ils sont responsables de « missions » et de « projets » et plus simplement d’une fonction ».

Pour autant, même si aujourd’hui le travail s’est affranchi de l’espace, du temps, de la fonction, il étouffe encore dans un cadre trop rigide et coercitif conçu à l’ère industrielle, qu’est le modèle du salariat. Selon Denis Pennel, le salariat est devenu un choix par défaut, non pour ses caractéristiques intrinsèques mais plutôt pour la protection et la couverture sociale que son statut garantit. Il prône l’émergence d’un nouveau modèle, inspiré de la révolution du travail portée par les start-uppers, slaschers, co-workers : le « libertariat ».

Denis Pennel décrit le « libertariat » comme : « la recherche d’un marché du travail sans domination et sans exploitation, où les individus s’associent et coopèrent librement dans une dynamique de liberté et de respect mutuel tout en bénéficiant d’une protection juridique et sociale garantissant leurs droits fondamentaux ».

Selon l’auteur, nous ne règlerons pas les problèmes du XXIe siècle par des solutions inventées au XXe. Il invite plutôt à regarder du côté de ceux qui cherchent de nouvelles solutions permettant aux individus de redevenir acteurs et sujets de leur travail et d’accomplir une activité qui leur tient à cœur.

Il cite une interview du philosophe Bernard Stiegler en 2015 : « La société de demain devra tirer de chacun de nous le meilleur aussi souvent que possible. Or ce meilleur, c’est ce que nous faisons de bonne volonté. Lorsque je suis libre de mon temps et que je m’adonne à ce que j’aime, je donne le meilleur de moi-même ».

A l’heure où les robots libèrent l’homme du travail le plus pénible, pour Denis Pennel, il est essentiel de se recentrer sur l’humanité au travail, sur ce que seul l’homme peut accomplir face aux robots. Après les bras et le cerveau, c’est maintenant au cœur de prendre le dessus dans le travail.

Il nous partage l’extrait d’une interview du consultant américain Dov Seidman dans Les Echos : « nous sommes passés d’une économie industrielle – où on embauchait des bras – à une économie de la connaissance – où on embauchait des têtes – et maintenant une économie humaine – où on embauche des cœurs ».

Dans cette révolution du travail en marche, l'émergence des cœurs risque fort de chambouler les mécanismes de l’entreprise et la société toute entière. Pour ma part, je compte bien y contribuer, à mon échelle !

Mes sources d'inspiration
Psychanalyse du lien au travail. Le désir de travail de Roland GUINCHARD
Travail, la soif de liberté de Denis PENNEL
LES ECHOS - Quand les entreprises embaucheront des cœurs 

Ça y est ! Il semble que nous apercevions la lumière au bout du tunnel… Avec le calendrier de levée des restrictions sanitaires, le retour de certaines libertés se dessine enfin. Même si le télétravail reste encore de mise dans les organisations, on peut imaginer retrouver ses collègues, managers, clients, partenaires… que l’on n’a pas croisés physiquement depuis fort longtemps. A la rentrée peut être !

Pour autant, aujourd’hui, beaucoup de dirigeants s’interrogent sur la motivation de leurs collaborateurs à retrouver le chemin du bureau. Car depuis un an, le télétravail s’est installé dans beaucoup d’entreprises et les études montrent qu’il fait maintenant partie du paysage pour la plupart des salariés qui y ont trouvé un certain confort.

Même si cet attrait pour le travail à distance est à relativiser en fonction de la taille de l’entreprise, de l’activité télétravaillée, des conditions d’installation à son domicile…, avec la durée de la crise sanitaire, les salariés ont dû s’adapter et s’approprier de nouvelles pratiques dans lesquelles ils ont pu trouver quelques avantages. Un mode de travail qui leur a notamment permis de gagner en liberté d’action et d‘organisation. A tel point que le retour au bureau soulève des réticences pour nombre d’entre eux !

Et si c’était notre cerveau qui bloquait ?

Alors qu’est ce qui bloque ? Pourquoi certaines personnes rechignent à retourner au bureau tandis que d’autres n’aspirent qu’à retrouver leurs collègues ?

Il faut avouer qu’avec la mise en place du travail à distance dès le premier confinement, les managers ont été contraints d’accroître très tôt l’autonomie de leurs équipes. La responsabilisation de chacun sur ses missions a eu des effets très positifs sur l’organisation du travail et sur le développement des compétences : optimisation des tâches, plus de polyvalence, émergence de nouvelles capacités, rupture des routines professionnelles… Des bénéfices tangibles pour de nombreux salariés qui redoutent de perdre l’autonomie à laquelle ils ont largement goûté pendant plus d’un an et de retrouver la dimension contrôle qu’ils ont pu connaître par le passé.

Ces nouvelles méthodes de travail, qui jouent sur l’autonomie et la responsabilisation des personnes, participent directement à leur épanouissement. En l’espace d’une année, ces habitudes de travail ont eu largement le temps de s’ancrer dans le quotidien, à tel point que notre cerveau les a maintenant adoptées.

Pour le psychanalyste Saverio Tomasella, nous avons tout bêtement perdu l’habitude de supporter les inconvénients du travail : « La perte de l’habitude est très puissante neurologiquement et psychiquement. En télétravail, le cerveau a pris l’habitude de ne plus prendre les transports, de ne plus entendre de bruit en travaillant, de ne plus subir la pression directe des managers, les mauvaises relations avec les collègues... Donc instinctivement, le cerveau refuse de se forcer à travailler de manière moins agréable et moins confortable ».

Cette analyse dépasse la simple opposition entre travail en distanciel ou en présentiel. Il est avant tout question de sens du travail. Car pour donner envie aux collaborateurs de reprendre la direction du bureau, encore faut-il assurer un sens à leur travail. Et c’est là que le bât blesse car selon une enquête récente, pendant la crise, 40% des actifs ont remis en question le sens de leur travail. Un phénomène que nous avons tous observé dès le premier confinement, à travers l’expression d’une certaine confusion chez un grand nombre de salariés tiraillés entre la futilité de certains pans de leur activité et la nécessité soudaine de se concentrer sur l’essentiel…

Et si cet « essentiel » du travail, ce qui fait vraiment sens, devenait le cœur de l’activité au bureau ? Les organisations pourraient ainsi faire du bureau le lieu privilégié d’une nouvelle « expérience », centrée sur la collaboration et l’expérimentation.

Les travaux de M.Morin et B.Cherré (2008) sur l’importance du sens au travail pour promouvoir le bien-être psychologique, l’engagement des employés et prévenir la détresse psychologique, ont permis d’élaborer une liste de six caractéristiques qu’ils considèrent comme les prérequis du sens au travail :

Voici les ingrédients sur lesquels bâtir le sens et l'essentiel du travail, à travers une expérience positive et durable au bureau, qui donne envie aux collaborateurs de se retrouver dans un lieu privilégié et propice à l’émergence d’une nouvelle réalité du travail post-Covid.

Pour tendre vers cette expérience désirable au bureau, il est primordial aujourd’hui pour les dirigeants et leurs managers de prendre le temps d’écouter les ressentis et les besoins de leurs collaborateurs et d’explorer avec eux les attributs de cette nouvelle réalité du travail. Construire ensemble une nouvelle expérience à vivre au quotidien, avec une part en distanciel pour optimiser son temps de production sans les transports, avec des temps réduits de réunions…, à doser selon les capacités individuelles à télétravailler, et une part en présentiel pour développer le sens et « les sens » au travail, avec ses collègues. Faire du bureau un lieu où l’on se sent choyé, stimulé, où l’on renoue avec le plaisir de créer et d’apprendre ensemble.

Faire du bureau un espace expérientiel du travail

Chez ACT4 TALENTS, notre espace de coworking dédié au développement humain est un véritable laboratoire des nouvelles aspirations au travail. Notre communauté est constituée pour moitié de salariés d’associations et pour l’autre moitié d’indépendants. Tous ont pratiqué le travail hybride depuis le début de la crise et ont pris leurs marques avec le télétravail. Pour autant, nous observons tous les jours les bénéfices du présentiel pour échanger des idées et créer ensemble ou tout simplement pour partager des moments conviviaux dans notre kitchenette au moment du déjeuner ou au gré d’un café. Il ne se passe pas un jour sans que l’un de nos résidents exprime sa satisfaction de retrouver la dynamique communautaire du coworking après plusieurs jours passés dans le confinement de sa bulle de télétravail.

Evidemment, on peut difficilement comparer le travail dans un espace de coworking et dans une entreprise classique. Quoi que… Commet faire du bureau un espace désirable, humain, vivant et porteur de sens ?

Un espace pour dialoguer autour du travail

Le retour au bureau doit sonner comme un retour aux libertés fondamentales de travail, celles qui donnent du sens et qui stimulent les sens dans le pouvoir agir. Pour ce faire, les managers ont la responsabilité de créer l’espace pour un dialogue ouvert et sincère dans lequel chacun peut exposer son expérience du travail pendant cette période de crise. Dresser le bilan de ce que l’on a perdu et de ce que l’on a gagné individuellement et collectivement à travers cette épreuve. Tirer les enseignements de ce qui a fonctionné et de ce qui ne fonctionne plus aujourd’hui dans nos pratiques de travail pour construire ensemble un futur souhaitable.

Un espace centré sur l’essentiel

Cette crise sanitaire avec ses contraintes de distanciation sociale nous a amenés à réduire le périmètre du clan professionnel et à privilégier les groupes à taille humaine. L’occasion rêvée pour investir le « moins mais mieux » au bureau, à travers une ambiance chaleureuse et rassurante, une réelle proximité entre les équipes, synonyme d’échanges réguliers, de dialogues profonds, d’une meilleure connaissance des missions de chacun et du développement de l’entraide. Une hiérarchie moins complexe et un processus de prise de décision simplifié sont les garants d’une réactivité optimisée et l’assurance d’une plus grande autonomie pour les collaborateurs.

Un espace pour créer et apprendre ensemble

Pour trancher avec la monotonie du travail à distance, les temps au bureau doivent être ponctués par des séquences pour créer et apprendre ensemble. Stimuler les sens et faire vibrer l’équipe sur de nouveaux challenges, le recours à l’intelligence collective pour lancer de nouveaux projets et des opportunités régulières de déployer le co-développement pour apprendre les uns des autres.

Pour que le bureau redevienne ce lieu privilégié du travail pour tous, dirigeants comme managers doivent s’accorder sur l’expérience qu’ils veulent cultiver pour leurs collaborateurs. Si le modèle de travail hybride semble faire l’unanimité dans cette perspective de sortie de crise sanitaire, les entreprises devront faire preuve de créativité et offrir une alternative désirable au télétravail, synonyme de curiosité, de liberté d’organisation et de dialogue. En faisant du bureau un territoire d’engagement pour vivre ensemble le travail, retrouver la connivence, la convivialité et le lien, essentiels à la coopération.

Quelques lectures inspirantes
CADREMPLOI - Saverio Tomasella : « Le cerveau n’est pas toujours d’accord pour retourner au bureau »
CHALLENGES - Comment les salariés voient leur retour au bureau post-Covid
KANDU - Présentiel et télétravail : une organisation différente, mais complémentaire
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