D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours su faire des choix pour moi. Le ressenti d’un élan intérieur qui m’entraîne dans une direction, une aspiration du cœur qui éclaire une possibilité plus qu’une autre, ce « sens intérieur » semble guider mes choix depuis toujours sans que j’en comprenne la nature ou l’origine. C’est en perdant le sens, il y a quelques années, en me mettant en quête de le retrouver que j’ai compris qu’il était un art subtil qui nécessite une pratique quotidienne.

Le discernement est l’aptitude à peser la part des choses, entre le vrai et le faux, entre l’utile et l’inutile, entre le bon et le moins bon, dans le but d’adopter les bons choix, pour soi. Discerner est littéralement un art de vivre, l’art de se déterminer et de piloter son existence. Comme toute pratique du sport ou de la musique, un entraînement quotidien au discernement permet d’accéder à une forme de clarté d’esprit et de liberté intérieure. Dans notre monde de complexité et d’incertitude, cette capacité est essentielle pour habiter la vie avec confiance et détermination.

« L’homme n’a pas attendu le développement des neurosciences pour apprendre à discerner. » C’est avec ce constat que le prêtre et physicien Thierry Magnin introduit l’art du discernement selon la tradition ignatienne dans son ouvrage Foi et neurosciences. En effet, avec ses célèbres Exercices spirituels, le prêtre fondateur de l’Ordre des Jésuites, Ignace de Loyola, inspire depuis plus de quatre siècles de nombreuses personnes en quête de leur propre vocation. La méthode ignatienne a aujourd’hui largement dépassé le cadre religieux pour devenir le socle d’un puissant processus de prise de décision appliqué à toute situation. Plus encore, l’approche ignatienne s’impose comme un véritable art de vivre ses choix !

Plusieurs étapes jalonnent le parcours de discernement ignatien dont l’enjeu est de décider - vivre ses choix - avec justesse, intelligence, liberté, élan et force intérieure. La dimension « spirituelle » reste toutefois centrale dans la mesure où cette méthode de discernement se situe au niveau des aspirations profondes ; Saint Ignace parle des « motions de l’âme ».

Les concepts de « consolation et désolation », et leur alternance, sont déterminants dans le processus de discernement ignatien. Pour lui, la consolation est une allégresse intérieure qui invite à faire un choix ou le confirme après coup. La consolation repose, pacifie. La désolation, au contraire, est une perte de confiance, de quiétude, d’espérance et d’amour. La consolation est un bien que l’on peut espérer, chercher, demander et éprouver comme une grâce. Cela ne signifie pour autant pas que la désolation soit un mal ; elle peut être l’indicateur d’une conversion à opérer ou d’une orientation à écarter. Le processus de discernement ignatien, dans le but d’opérer un bon choix, permet de distinguer dans une situation donnée les options qui relèvent d’une « consolation » ou d’une « désolation ».

Selon Saint Ignace, c’est dans l’expérience de la joie que l’on éprouve la justesse et la vérité des choix posés. Et dans l’expérience de leur contraire, nous comprenons la fausseté et le manque de justesse des choix possibles. Ces exercices sont donc un entraînement au discernement en « auscultant » nos mouvements intérieurs. Thierry Magnin parle de « pesée » entre ces deux indicateurs sensibles que sont les consolations et les désolations, nous invitant à opérer un choix « pour » ou « contre ».

Saint Ignace nous invite à entrer dans notre intériorité, à apprendre à en approfondir les multiples aspects. Face à un événement extérieur, il s’agit de s’entraîner à prêter une attention fine aux effets qu’il provoque, en termes de confort ou d’inconfort, de plaisir ou de déplaisir… Étymologiquement, discerner revient à séparer, mettre à part, distinguer quelque chose au moyen de la vue ou de tout autre sens. On retrouve ici la notion de « pesée » chère à Thierry Magnin.

L’auscultation de nos mouvements intérieurs s’opère en explorant deux dimensions indissociables dans le processus de discernement : les affects et la raison. L’affect regroupe l’ensemble des manifestations induites par les sensations, les émotions, les sentiments. Ces aspirations du cœur sont fondamentales dans le discernement ignatien, mais jamais sans la raison. Les affects livrés à eux-mêmes peuvent être des pièges et des occasions de dérives, d’où le souci constant de les conjuguer avec notre intelligence rationnelle.

Pour Ignace de Loyola : « Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. »

Dans ses Exercices Spirituels, Saint Ignace nous invite à analyser notre rapport à soi, au monde, aux événements dans une exploration à la fois physique, affective et intellectuelle. Le discernement implique de s’exercer à cette triple écoute pour avancer délibérément vers ce qui nous établit durablement dans la joie. Par la pédagogie dite de l’« examen », il appelle un effort de lucidité sur soi-même et sa propre histoire, sur ses aspirations et ses inquiétudes.

Face à un choix à poser, Thierry Magnin nous invite à formuler clairement les alternatives sous forme de questions, de telle manière qu’une réponse par oui ou par non soit possible. Prendre le temps de la méditation intérieure sans chercher à répondre trop vite est indispensable pour ouvrir le plus largement possible le champ des réponses à l’alternative. Ce silence est propice si l’on veut laisser monter le « sens intérieur » vis-à-vis de cette question, sans aucune censure ni jugement.

Ce « sens intérieur », s’exprime dans un mélange de sensations (ressentis corporels), de sentiments (paix, amour…), d’émotions (joie, tristesse, peur, colère, surprise, dégoût…) mais aussi d’intuitions et de pensées. Cette conjugaison de nos intelligences multiples : sensorielle, émotionnelle, rationnelle, spirituelle permet une pesée exhaustive qui traduit un alignement « pour » ou « contre » l’une ou l’autre des alternatives. Pour cela, je suis attentive, dans ma médiation intérieure silencieuse, aux « mouvements intérieurs » que chacun des arguments me procure. Ce n’est pas le nombre d’arguments qui fera pencher la balance côté pour ou côté contre, mais le poids intérieur des arguments, leurs poids respectifs chargés de sens. Je note ce qui a bougé en moi pendant cette pesée, ce qui s’est déplacé par rapport à ma position initiale, et ce qui au contraire s’est confirmé. La prise de décision suppose l’accueil par une prise de conscience des sensations provoquées par chacun des éléments de l’alternative. La perception d’un élan pour une des alternatives entraîne la décision. Toutes les facultés : raison, affects, mémoire … sont convoquées. La décision n’est pas prise « hors » ou « à côté » de la personne, mais au cœur de son identité.

Pour Thierry Magnin : « Il ne saurait y avoir de bon choix en soi, mais un bon choix pour moi. »

Pour clore le choix et le mettre en œuvre, le dernier temps est celui de la confirmation. Après avoir pris ma décision, je porte attention aux motions intérieures de paix à l’égard du choix posé, de confiance, de courage, d’élan pour le mettre en œuvre. « Suis-je en paix avec mon choix ? » Sinon je continue d’accueillir cet élan, aujourd’hui, demain… Si aucun élan ne vient, il est vraisemblable que le choix n’est pas mûr pour moi.

Il peut être judicieux alors de le partager autour de soi. Car le discernement n’est jamais solitaire ; il implique toujours divers partenaires. Nous entretenir avec toutes les personnes susceptibles d’éclairer nos choix nous aide à nous frayer un chemin, à dessiner ce chemin d’existence qui n’est pas tracé d’avance. Ce dialogue en discernement ne peut toutefois s’établir que dans une attitude d’écoute et de disponibilité mutuelle. Notre interlocuteur peut apporter son appui ou son conseil dans le processus de discernement sans peser sur celui-ci. Son rôle est de nous aider à lire notre cheminement et à discerner ce qui se passe en nous. Il nous guide dans le déroulement même du discernement, avec un absolu respect de notre liberté.

Être en mesure d’écouter les « motions de l’âme », comme les appelle Saint Ignace, nécessite de savoir faire silence dans l’agitation de ses pensées. C’est dans cet espace intime, préservé des injonctions extérieures, des inflexions de l’ego, du tumulte du mental, que les mouvements intérieurs deviennent perceptibles. Le silence est la caisse de résonance du discernement. Comme pour un instrument de musique, son rôle est de recevoir et d'amplifier la vibration produite par les sources du discernement que sont les sensations, les émotions, les sentiments, la raison… pour donner un son clair et harmonieux. Plus on s’exerce à jouer du discernement, plus l’énergie sonore qu’il produit résonne avec nos sens.

Le discernement s’inscrit également dans le temps. Tel un processus, il se déroule par itération : le temps où l’on pose les points à discerner, le temps pour l’analyse, le temps de partage, les temps de maturation, les temps pour la décision et la confirmation. Ce parcours peut comporter des répétitions, des retours en arrière, des relectures et des évaluations, ou encore des moments de repos. Ainsi, le discernement ouvre-t-il un chemin balisé avec ses étapes, ses arrêts et ses reprises.

Pour l’auteur André Fossion, spécialiste de la théologie pratique : « Le discernement se confond avec la vie elle-même. Il est un art de vivre, une manière de se tenir dans l’existence et d’habiter le temps spirituellement. »

J’aime la notion de « chambre de discernement » proposée par François Bert, fondateur de l’École du discernement, dans son ouvrage Le discernement. Il y invite les dirigeants afin de se retirer du devant de la scène et de retrouver le goût du silence, propice à la décantation avant la prise de décision. Pour l’auteur, le silence rétablit la juste perception du temps qu’il faut aux choses pour se réaliser. Il nous rappelle la sagesse de l’adage « La nuit porte conseil » : comme le corps s’abandonne au sommeil pour être remis en bon ordre de marche, l’esprit doit s’abandonner à un travail de décantation et d’alignement qui se fait presque malgré lui et surgit dans sa conscience.

C’est bien là, au niveau du cœur que la voix de la conscience se fait entendre. Le cœur est la « fine pointe de l’âme » selon Thierry Magnin. Ce « cœur pensant, sachant, sentant, voulant, décidant » est la source à partir de laquelle nous pouvons discerner avec lucidité. Car la parole du cœur est juste et fulgurante.

Mes sources d'inspiration :
- Le discernement selon la tradition ignatienne, André FOSSION, cairn.info
- Foi et neurosciences, Thierry MAGNIN
- Le discernement, François BERT

Dans le vacarme assourdissant du monde, il est de plus en plus difficile de se frayer un chemin de pensée affranchi des discours péremptoires et des jugements hâtifs. Quand la confusion règne, notre pensée s’asphyxie, nos peurs nous étouffent et nous privent du souffle nécessaire pour faire sa juste place au doute.
Il y a encore quelques semaines, j’entrevoyais le doute comme un état paralysant dont il me fallait sortir pour retrouver le sens de l’action. Pourtant, au fond de moi, je ressentais que cette « pointe de doute » qui m’aiguillonnait créait un appel d’air dans mes certitudes, ouvrait une brèche dans l’ordre établi de mes pensées. Il y soufflait comme un vent de liberté qui venait m’ébouriffer, car le doute vous « brosse à rebrousse-poil », il dérange vos idées reçues… Face à l’impermanence de notre monde, le doute fait figure de méthode pour avancer en incertitude.

Au regard des nombreuses incertitudes qui bousculent nos vies, le doute est devenu un compagnon quasi quotidien, un état d’esprit dans lequel nous nous trouvons plongés malgré nous lorsque le réel nous échappe. Alors, le doute nous « assaille », nous « saisit », nous « ronge ». Nous sommes « en proie » au doute. Ces expressions traduisent bien l’inconfort, l’intranquillité, l’insécurité ressentie lorsque nous sommes dans cette « zone grise » où rien n’est ni tout à fait vrai ni tout à fait faux. Dans cet oscillement, cette errance, le doute ne donne aucune prise à la pensée, il nous paralyse, nous englue dans les sables mouvants de l’inquiétude.

Puisque nous n’avons d’autre choix que d’accepter l’impermanence du monde, autant considérer le doute comme un allié plutôt que comme un ennemi. La philosophie nous invite à éprouver ce renversement : sortir de l’errance dans laquelle le doute nous engloutit pour l’accueillir tel un chemin sur lequel entamer une exploration. C’est en me plongeant dans l’ouvrage de Sophie Nordmann, La vocation de philosophe. Puissance de la mise en question que j’ai entrepris ce renversement. J’ai compris combien la philosophie m’aidait à oxygéner ma pensée et créer cet appel d’air vital dans une atmosphère saturée de prêt-à-penser.

Chaque individu naît dans un monde qui le précède et dans lequel il commence par recevoir, de sa famille, de sa culture, de sa génération... Ce qui est premier, ce qui est donné, ce sont toujours, par définition, les « idées reçues », ces idées pré-jugées, que l’on reçoit sans jugement préalable, c’est-à-dire sans mise en question. Toute idée, quelle qu’elle soit, qui est reçue sans mise en examen, relève de la catégorie du « préjugé ».

« La vie de la pensée est, de ce point de vue, comparable à la vie organique : une pensée animée d’un souffle vivant, si elle n’est pas maintenue en vie – si sa puissance de mise en question n’est pas libérée dans une constante réitération -, finit par se fossiliser. »

La mise en question est donc seconde. Pour autant, elle ne va pas de soi car elle nous pousse à quitter la zone de confort de nos certitudes. Une telle expérience dérange. Elle dé-range au sens où elle ébranle ce qui semblait en ordre, nos idées établies ; elle sème en nous le désordre. Elle dérange aussi au sens où elle incommode. Cette épreuve nous « brosse à rebrousse-poil » en ce sens qu’elle ne nous caresse pas dans le sens du poil – celui des certitudes dans lesquelles nous sommes douillettement installés et qu’elle vient ébouriffer.

La philosophie nous fait vivre l’expérience d’un ébranlement, d’un vertige qui nous met en question et ainsi nous force à nous mettre en mouvement et à abandonner le confort et le repos de nos certitudes.

Quand on étouffe dans le tapage des discours qui s’entrechoquent pour se faire entendre, pour faire plus de bruit que l’adversaire, la philosophie apporte un peu d’air frais. Elle est l’interstice par lequel une bouffée d’oxygène peut entrer, et raviver une pensée qui s’asphyxie. Car la philosophie n’a pas pour vocation d’ajouter des discours aux discours, des idéologies aux idéologies, et de contribuer à alourdir encore un peu plus une atmosphère déjà insoutenable. La vocation de la philosophie est de mettre en question les dogmatismes de tous bords, autrement dit d’ouvrir des brèches dans la pensée, d’y créer un appel d’air.

Le propre de la philosophie est de porter toujours plus loin la mise en question, de la renouveler, de la réitérer sans fin. En cela, la vocation de philosophe, celle d’empêcheur de penser en rond, est à la fois essentielle et inconfortable. C’est une fonction qui dérange dans le sens où elle ouvre des brèches dans l’ordre établi, afin d’y introduire du jeu, et aussi elle maintient la brèche ouverte pour éviter que la pensée ne se fige à nouveau en dogmatisme.

Selon le philosophe Jean-Luc Nancy : « Philosopher ne va pas sans élan, ni même sans un élan violent, qui jette en avant et qui arrache aussi : qui arrache au sens déposé, sédimenté, à moitié décomposé et qui jette vers du sens possible, surtout non donné, non disponible, qu’il faut guetter, surprendre dans sa venue imprévisible et jamais simple, jamais univoque. »

Pourquoi avons-nous plus tendance à croire qu’à douter ? Parce que croire ne demande aucun effort ; celui qui croit est passif, déterminé par la pensée des autres. Mais, s’il faut douter, de quoi faut-il douter ? Peut-on douter de tout, comme le proclame René Descartes ?

En philosophie, le doute se définit comme un acte intérieur de suspension du jugement. Cette suspension peut être soit spontanée soit délibérée. Le philosophe Alain évoque en premier lieu ce « doute forcé » que l’on subit « comme une violence qui nous est faite ». Ce doute découle d’une erreur que l’on a commise ou d’une tromperie dont on est victime. C’est un doute triste, un doute de faiblesse. « C’est un regret d’avoir cru, et une confiance trompée. » Le doute vient ici défaire une croyance existante.

Le doute dont Alain fait l’éloge est le « doute volontaire », qui vient, non pas après, mais avant la croyance. Il est volontaire, car il émane d’une décision de l’individu. En outre, ce doute n’est pas tourné vers le passé, mais vers l’avenir ; il n’est pas de l’ordre du regret, mais de la promesse.

Pour Alain : « Le doute est le sel de l’esprit ; sans la pointe du doute, toutes les connaissances sont bientôt pourries. »

Alain est dans la droite ligne de Descartes qui expérimente la « mise en doute » comme méthode de recherche du vrai. Dans la foule des innombrables visages du vrai, le doute permet, non pas de reconnaître le vrai, mais d’écarter ce qui n'est pas reconnu comme tel. Seul pourra être considéré comme vrai ce qui ne peut pas être mis en doute.

Ainsi, Descartes opère un renversement. Il fait du doute non pas ce qui nous assaille malgré nous, mais au contraire une entreprise méthodique et volontaire : il ne s’agit pas de se laisser envahir par le doute, mais d’entreprendre de douter. Le doute ne renvoie plus à cette « zone grise », cet état d’incapacité à distinguer le vrai du faux, mais devient au contraire l’instrument qui permet une telle distinction. Dès lors qu’il est un outil choisi, et non pas un état qui nous envahit, le doute n’est plus paralysant. Il n’est plus ce qui empêche mais, au contraire, ce qui permet de progresser. Il n’est plus une errance : il trace un chemin. Parce qu’il est un instrument et une méthode, le doute devient à la fois un moteur et une boussole.

Si vous vous occupiez du doute plutôt que de le laisser s’occuper de vous ? Emparez-vous de cette « pointe du doute » qui vous aiguillonne et libère le souffle de votre pensée. Elle vous montre la direction. Vers quel nouveau possible vous conduit-elle ?

Mes sources d'inspiration :
- La vocation de philosophe, Puissance de la mise en question, Sophie NORDMANN
- Les ânes rouges, Philosophe Alain
- Alain. Le doute est le sel de l’esprit, ggpphilo

Dans l’époque particulièrement bouleversée que nous traversons aujourd’hui, chaque crise, qu’elle soit climatique, politique, démocratique, sociétale, économique…, est activée par son lot de peurs et de croyances. Peurs et croyances constituent à la fois la source et le carburant des crises que nous vivons. En attisant les peurs, on désorganise les systèmes, on stresse les organisations, on fragilise les individus pour mieux les manipuler. D’où viennent ces peurs qui nous débordent au-delà de la raison et nous rendent si facilement manipulables ?

Les peurs et les croyances sont au cœur du dysfonctionnement de chaque être humain. Indispensable à notre survie, le mécanisme de la peur fait souvent fausse route, stimulé par l’incapacité de notre cerveau à toujours bien différencier le réel et l’imaginaire. C’est là que l’ego entre en scène, dans cet espace inconscient dans lequel nous sommes immergés la majorité du temps, entre réel et illusion.

Apprivoiser ces peurs imaginaires et les croyances qui en découlent n’est pas chose aisée. Il nous revient de les déjouer lorsqu’elles prennent possession de nous, pour voir au-delà des masques d’ego qui nous travestissent et nous éloignent de la réalité au présent. Cependant, soyons vigilants, car notre ego risque fort de faire de la résistance !

Pour vous guider dans cette chasse à l’ego, je me suis inspirée de l’un des rares ouvrages qui traite de façon approfondie de ce mécanisme inhérent à la nature humaine : « Nouvelle Terre » d’Eckhart Tolle. L’auteur y explore la folie dangereuse dans laquelle l’humanité est plongée aujourd’hui, et la part de notre identification erronée à l’ego dans cette situation désastreuse. Il nous éclaire également sur notre capacité à nous libérer de l’ego pour cheminer avec confiance dans nos relations, dans nos projets et dans notre vie en général.

J’ai choisi depuis plusieurs années de débusquer les peurs et les croyances qui bloquent les individus dans le contexte du travail, en diagnostiquant les filtres d’ego qui sont à l’œuvre. Et j’observe chaque jour de nombreuses confusions à son sujet. Pourtant, le phénomène de l’ego n’est pas nouveau. Ce dysfonctionnement originel a été largement étudié par les philosophes, les psychologues, les anthropologues depuis des milliers d’années. Seulement, le voilà aujourd’hui amplifié par la science et la technologie, à tel point qu’il devient une réelle menace pour l’équilibre de l’humanité tout entière.

Notre vision de nous-même, des autres et du monde, largement déformée par le prisme de nos peurs et de nos croyances, crée un environnement propice au développement de l’ego et ainsi, donne lieu à un nombre croissant de crises aiguës, de turbulences et d’effondrements. La très grande majorité de nos peurs s’élaborent à partir de suppositions angoissantes qui ne sont que de simples pensées. Notre monde intérieur dispose d’un véritable studio de montage permettant à notre mental d’élaborer des scénarios terrifiants et pourtant, incroyablement crédibles. Les émotions qui nous traversent ont ainsi pour origine notre interprétation de ce que nous ressentons. Et plus nous adhérons à nos peurs, plus nous les renforçons ! D’autant que notre imagination est largement fécondée par les informations que nous déversent en permanence les réseaux sociaux et les médias.

Comme l’évoque Eckart Tolle : « lorsque nous essayons de changer la réalité extérieure, sans avoir auparavant changé notre réalité intérieure, c’est-à-dire notre état de conscience par rapport aux situation réelles que nous vivons, nous traçons des plans sans tenir compte de l’engramme de dysfonctionnement porté par chaque être humain, sans tenir compte de l’ego ».

Il est difficile de ne pas s’identifier à la voix dans notre tête, cet incessant flot de pensées involontaires, compulsives, et d’émotions les accompagnant ; à tel point que nous sommes littéralement possédés par notre mental. Aussi longtemps que nous restons inconscients de ce phénomène, nous prenons le penseur en nous pour ce que nous sommes. Or, il s’agit en fait de l’ego. Nous lui donnons le nom d’ego car il s’agit du « je », du « moi » dans chaque pensée qui nous conduit à nous comparer sans cesse, en mieux ou en moins bien : « tu es trop ci », « tu n’es pas assez ça ».

L’ego est fait de pensées et d’émotions, d’un fatras de souvenirs auxquels nous nous identifions en tant que « moi et mon histoire », de rôles que nous jouons sans le savoir, d’identifications personnelles aux possessions, aux opinions, à l’apparence, aux vieux ressentiments, aux réussites, aux échecs…

Lorsque chaque pensée absorbe toute notre attention, lorsque nous sommes totalement identifiés à cette voix et aux émotions qui l’accompagnent, que nous nous perdons dans chaque pensée et nous laissons déborder par chaque émotion, nous sommes sous l’emprise de l’ego. Reconnaissons-la pour ce qu’elle est, c’est-à-dire la voix dans notre tête, rien de plus qu’un schéma mental conditionné, une pensée. Prendre conscience que cette voix dans notre tête est la voix de notre ego, qu’elle parle au nom de nos peurs et de nos croyances, permet de prendre de la distance avec l’histoire qu’elle nous raconte.

« Quelle libération de réaliser que la « voix dans ma tête » n’est pas ce que je suis ! »

Derrière le bug de notre mental, activé par nos peurs pour notre survie, se cache l’épreuve du manque. L’ego, pour se sentir en sécurité, a tendance à assimiler l’avoir et l’être : « j’ai donc je suis ». En se nourrissant de l’avoir, l’ego réagit à une inclination au « pas assez » inscrite dans nos gènes. Ce profond sentiment d’insatisfaction, d’incomplétude, exprimé par notre ego dans « je n’ai pas assez encore » veut dire en réalité « je ne suis pas assez encore ».

L’avoir est une fiction créée par l’ego pour se donner une consistance et pour se distinguer, se rendre spécial. Étant donné que nous ne pouvons pas nous réaliser dans l’avoir, l’ego est animé par un besoin supérieur, celui d’en avoir plus, que l’on pourrait aussi appeler le vouloir. Ainsi, cette maigre satisfaction d’avoir est toujours supplantée par le besoin d’en avoir plus, comme une drogue.

Peu importe ce que nous acquérons, cela ne suffit pas à nous satisfaire. Nous sommes toujours en quête de quelque chose d’autre qui promet de mieux combler ce sentiment de manque que nous ressentons en nous. [à lire aussi : « Le désir est l’essence de l’homme… sa source est inépuisable ! »] En amalgamant l’avoir et l’être, l’ego nous plonge dans une quête sans fin qui nous éloigne de la recherche de notre vraie nature.

Même si le visage de l’ego varie d’une personne à une autre, son fonctionnement est toujours le même : il se nourrit de division. Dans le jeu inconscient de l’ego, on trouve l’habitude compulsive à se plaindre des autres et à leur donner tort. Car quand nous sommes dans l’ego, critiquer et condamner les autres est une façon de se sentir important, de se sentir supérieur.

La récrimination est une des stratégies que l’ego préfère pour se renforcer. Chaque doléance est une petite histoire que le mental invente et en laquelle nous croyons complètement. Que nous nous plaignions à voix haute ou en pensée ne fait aucune différence. Il peut même arriver que le défaut que nous percevons chez l’autre ne s’y trouve pas. Il s’agit d’une interprétation totalement erronée, d’une projection du mental conditionné à voir des ennemis partout pour se donner raison et se sentir supérieur. Et ce à quoi nous réagissons chez l’autre, nous le renforçons chez vous.

« Pour survivre, l’ego a besoin d’un « ennemi », d’où son refus de tout compromis. »

L’ego aime se plaindre et éprouver du ressentiment non seulement envers les autres ou soi-même, mais également envers les situations. Il peut se faire un ennemi d’une personne comme d’une situation. C’est toujours la même rengaine : « ceci ne devrait pas se produire », « on me traite injustement ». La plainte dont il est question ici est au service de l’ego, pas du changement. Parfois, il est évident que l’ego ne veut pas réellement de changement afin de pouvoir continuer à se plaindre.

Se plaindre des défauts des autres constitue un stratagème qui renforce le sens de la division de l’ego. Ces plaintes masquent le sous-entendu que nous avons raison et que la personne, ou la situation dont nous nous plaignons, a tort. Il n’y a rien qui renforce le plus l’ego que le besoin d’avoir raison. Il se repaît de ce sentiment de séparation pour exister.

« Sentez-vous que quelque chose en vous préfère avoir raison que d’être en paix ? »

Nous sentons parfois que quelque chose en nous est en guerre, quelque chose qui se sent menacé et qui veut survivre à tout prix, quelque chose qui a besoin de mélodrame pour pouvoir affirmer son identité...

L’ego veut toujours obtenir quelque chose des autres ou des circonstances. Il se sert des autres et des situations pour obtenir ce qu’il veut pour apaiser sa peur de n’être personne, sa peur de ne pas exister, sa peur de mourir. Toutes les activités de l’ego cherchent au bout du compte à éliminer cette peur.

Dans l'aveuglement de l’ego, nous sommes incapables de voir la souffrance qu’il nous inflige, à nous et aux autres. En effet, la personne sous l’emprise de l’ego ne peut pas reconnaître la souffrance, mais la considère comme l’unique réaction appropriée à la situation vécue. Ainsi, la colère, l’anxiété, la haine, le ressentiment, l’envie, la jalousie… sont reconnus comme des états entièrement justifiés. Ils sont perçus à tort comme causé par les autres ou la situation, que nous tenons pour responsables de notre souffrance.

« Plus l’ego est fort en vous, plus il est probable que vous perceviez les autres comme la principale source de vos problèmes dans la vie. »

Lorsque nous assimilons l’ego des autres à leur identité, c’est notre propre ego qui se sert de cette interprétation pour se renforcer en se donnant raison et en étant supérieur. Nous réagissons donc en condamnant, en nous indignant et souvent en étant agressif contre celui que nous percevons comme notre ennemi. Ces illusions renforcent le sentiment de division entre nous et l’autre.

« L’ego prend tout personnellement, ce qui suscite des émotions comme la résistance ou l’agressivité. »

Les visages de l’ego d’autrui auxquels nous réagissons particulièrement fort ont souvent tendance à exister en nous sans que nous le sachions ou voulions les voir. Tout ce que nous détestons et à quoi nous réagissons fortement chez l’autre est aussi en nous. Pour autant, ce trait n’a rien à voir avec ce que la personne est, ni avec ce que nous sommes. Ce n’est que lorsque nous prenons ce trait pour ce que nous sommes qu’il devient une menace pour notre sentiment d’identité.

Ainsi, pour combler ses besoins, qu’il s’agisse de pouvoir, de supériorité, de gratification…, l’ego adopte un rôle ou un autre. En général, nous sommes totalement inconscients des rôles que nous adoptons : nous sommes ces rôles ! Pourtant, chaque rôle est tel une carapace, un masque, un filtre déformant de soi, une pure création de l’ego pour se rassurer et prendre le contrepied des peurs et des croyances qui nous assaillent.

Comme l’exprime Shakespeare dans Macbeth, c’est « une histoire racontée par un idiot, une histoire pleine de bruits et d’agitation qui ne veut rien dire ».

Toute illusion de soi, c’est-à-dire se voir « trop ci » ou « pas assez ça », appartient à l’ego, qu’il s’agisse d’une notion majoritairement positive (je suis le meilleur) ou majoritairement négatives (je ne vaux rien). Derrière cet oscillement entre les sentiments de supériorité et d’infériorité que nous pouvons ressentir en fonction des personnes ou des situations que nous rencontrons sur notre chemin, c’est l’ego qui entre en jeu.

« Reconnaissez l’ego pour ce qu’il est : un dysfonctionnement collectif, la folie de l’esprit humain. »

Combattre l’ego est un vœu pieux puisque cela revient à annihiler les peurs et les croyances qui l’ont forgé depuis notre enfance. En revanche, en prenant conscience de son existence et de sa nature dysfonctionnelle, nous devenons capables de le démasquer lorsqu’il est activé par une personne ou une situation qui nous fait nous sentir en insécurité. En débusquant les peurs qui déclenchent l'ego, en nous et chez l'autre, nous gagnons en discernement et en sérénité. Lorsque nous le reconnaissons pour ce qu’il est, un imposteur, il est plus facile de ne pas être sur la défensive et de ne pas surréagir. Nous ne prenons plus les choses personnellement. Personne n’a tort. C’est l’ego. C’est tout ! Nous pouvons alors agir en conscience et prendre les bonnes décisions.

©RashonMusik

« Dans la reconnaissance du faux, il y a déjà la naissance du vrai. »

Ne pas réagir à l’ego des autres est la façon la plus efficace non seulement de dépasser l’ego chez nous, mais également de participer à la dissolution de l’ego autour de nous. Ne pas réagir, ce n’est pas faire preuve de faiblesse, mais de force. C’est quitter l’inconscience de l’ego pour être en conscience et voir clairement « à travers » l’ego, ce qu’il y a de sain en chaque être humain et qui constitue sa nature profonde.

Accepter ce qui est, c’est retrouver sa liberté d’agir là où c’est possible. Résister à ce qui est, c’est se fermer à toute possibilité de changement et renforcer la carapace de l’ego. L’ego étant très consommateur d’énergie, cesser de résister permet d’investir son énergie à l’endroit où des marges de manœuvre sont accessibles, plutôt que de la gaspiller en vain à l’endroit où nous nous trouvons impuissants. Lorsque notre dialogue intérieur est fait de « il faut » et « je dois », de justifications, de reproches et d’accusations, c’est que nous n’acceptons pas ce qui est.

La non-résistance, le non-jugement et le non-attachement sont les fondamentaux de la liberté et de la paix retrouvée, au-delà de l’ego. Une fois que nous acceptons la nature transitoire de toute chose, qu’elle soit confortable ou inconfortable, nous sommes en mesure d’apprécier ce que la vie nous offre, dans le présent, sans peur ni anxiété. Le fait de reconnaître dans toute situation que Cela aussi passera, amène le détachement nécessaire pour retrouver sérénité, confiance et discerner clairement le champ des possibles.

Lors d’une de mes conférences sur l’ego, une participante me partageait une métaphore que je trouve très significative. Elle personnifiait l’ego comme son cheval sauvage, tout en précisant que c’était elle, la cavalière, à qui il revenait de dompter l'animal sauvage pour pendre la bonne direction. Et vous, vous sentez-vous prêts à apprivoiser votre ego ? Et si vos commenciez à en dresser le portrait-robot, pour mieux le démasquer et débusquer les peurs et croyances qui vous empêchent de passer à l'action avec justesse et enthousiasme ?

Pour aller plus loin :
- Libérez-vous de l’ego, cet imposteur qui dirige votre vie, pour enfin être vous !
- Nouvelle Terre - Eckhart TOLLE
- Guérir de vos angoisses en 6 séances - Dr Philippe PRESLES

Plus j’avance dans mon enquête sur le sens, plus je perçois la complexité du sujet. En dehors de la philosophie, j’avoue trouver assez peu de recherches qui éclairent la dimension du sens dans le travail. Cette quête de sens qui s’exprime partout et par tous aujourd’hui, les jeunes comme les moins jeunes, mérite qu’on lui accorde toute notre attention. Pour soi, pour faire les bons choix et initier des actions à impact dans sa vie professionnelle et aussi pour les autres, lorsqu’on est dirigeant ou manager. Car avant d’imaginer donner corps à un projet collectif, encore faut-il avoir approfondi le sens individuel…

Il arrive régulièrement, lorsque j’accompagne des collectifs dans l’exploration du sens et de l’intention qui les anime dans leur travail, leur mission, que l’on me rétorque que c’est « intime ». En effet, le versant personnel du sens dans le travail est trop souvent considéré comme « intime », « privé »… Parce que ce versant a rarement été exposé, par souci de discrétion, par méconnaissance des véritables ressorts individuels, par confusion entre « intimité » et « authenticité ».

Pourtant, j’ai pu observer qu’aucun sens collectif n’est accessible, sans avoir dans un premier temps clarifié le sens individuel. C’est-à-dire, avoir pris le temps d’explorer le sens qui m’anime, moi, dans ce projet, cette action, cette transformation… C’est en faisant résonner entre elles toutes les pistes de sens individuel que l’on est en mesure de trouver le sens commun au collectif. Partir du sens en JE pour tendre vers le sens en NOUS !

Pour avancer dans mon enquête sur le sens au travail, j’ai choisi de m’inspirer d’une structure de sens proposée par Cécile de Lisle et Rodolphe Durand qui codirigent le « Purpose Center » d’HEC Paris. Tous deux ont rassemblé dans le livre « En quête de sens » les témoignages de dirigeants et de futurs dirigeants qui se confient sur le sens qu’ils trouvent à leur action, en tant que personnes et représentants de grandes et moins grandes organisations.

Pour les auteurs, trouver le sens s’apparente à atteindre une voie sur un chemin de crête, entre le versant personnel et intime qu’est l’ubac, à l’ombre, moins souvent éclairé, et le versant organisationnel qu’est l’adret, sous la lumière et l’exposition du collectif.

Dans cet ouvrage, ils nous partagent les pistes de sens incarnées par ces hommes et ces femmes au gré de leurs expériences en entreprise, comme des lignes de crête qui réunissent l’ubac et l’adret. Je trouve intéressante la trajectoire singulière qu’ils nous proposent pour cheminer vers le sens au travail, trois dimensions afin de passer de l’intention à l’action : « être soi », « être avec » et « être pour », en entreprise.

« Être soi », signifie se délester des peurs et des croyances qui nous incitent à nous cacher derrière des masques, à endosser des costumes dont nous pensons qu’ils sont conformes aux attendus du monde du travail. La vie professionnelle nous confronte à des situations difficiles, qu’elles soient d’ordre relationnel ou qu’elles nous enjoignent à prendre des décisions délicates. Elle nous met face à notre réalité d’humain dans toute sa complexité… Reconnaître que nous sommes quotidiennement chahutés par des peurs et des croyances n’est pas un aveu de faiblesse, mais une preuve de robustesse ! Les reconnaître avec lucidité est le meilleur moyen pour les traverser et finalement trouver la force de s’en affranchir.

« Être soi », c’est avoir le courage de regarder en face les marqueurs de notre singularité et oser les assumer pleinement. La comparaison sociale, cette tendance à se comparer aux autres, à nos collègues, à nos pairs, à nos concurrents…, est inscrite dans nos gènes. Ce mécanisme, qui peut nous aider à mieux comprendre notre position dans la structure sociale, peut aussi avoir des effets ambivalents sur notre estime de soi. Prendre conscience des valeurs qui nous sont propres et leur rester fidèle face aux aléas du monde du travail est un gage d’alignement et de confiance dans la durée. En revisitant nos réalisations marquantes, nous révélons la richesse qui est en nous. Ainsi reliés à nos talents, nous nous sentons faire partie de quelque chose de « plus grand ».

« Être soi », c’est rester connecté au cœur vibrant de son leadership, ce cœur vaillant qui, en se heurtant au monde, aux injonctions, aux contradictions, aux incompréhensions, nous amène au dépassement de soi et ouvre le chemin à tous les possibles. La vie professionnelle n’est pas rectiligne ; notre carrière ne suit pas une voie toute tracée. Elle est faite de hauts et de bas, de tâtonnements, de bifurcations, de renoncements parfois… Ce chemin, aussi chaotique soit-il, dessine notre trajectoire d’évolution, c’est un devenir qui nous mène à toucher notre essentiel et notre liberté.

« Être avec » au travail, c’est comprendre que toute victoire est collective ! L’entreprise est un incroyable réservoir de diversité. Elle offre chaque jour l’opportunité de participer à une aventure humaine, en partageant nos convictions et nos interrogations, nos peurs et nos doutes, nos freins et nos élans… En acceptant de ne pas avoir toutes les réponses, nous apprenons à nous décentrer, à nous entourer de personnes qui pensent et agissent différemment, qui nous invitent à élargir notre champ de vision. En s’alignant avec toutes les parties prenantes de l’entreprise, il est possible de dégager une puissance collective extraordinaire ! Chacun doit sentir qu’il existe et qu’il compte pour que l’entreprise puisse faire corps. Connecter les individus à leurs rêves permet de libérer les énergies et la magie humaine.

« Être avec », c’est faire le choix de la confiance. La confiance est une forme supérieure de motivation et d’inspiration. Elle est d’une puissance infinie lorsqu’elle se propage dans les organisations. Pour créer un environnement de confiance optimal dans notre cadre professionnel, il est nécessaire d’être digne de confiance et de savoir construire des relations confiantes à tous les niveaux. Mais c’est notre capacité à « faire confiance » qui est le facteur décisif, car elle donne des ailes à celles et ceux qui en sont gratifiés.

« Être avec », c’est faire grandir et réussir les autres. Un leadership de sens se fonde sur une connaissance approfondie de soi, des autres et du monde. C’est-à-dire être au moins aussi conscient de ses talents que de ses limites. L’exemplarité est moins synonyme de perfection que de lucidité et de sincérité. En étant à l’écoute de ses équipes, un dirigeant, un manager, se met en situation d’éprouver la réalité du terrain de son organisation et de son marché. Connaître et reconnaître les forces vives qui sont à l’œuvre est un formidable vecteur d’accomplissement personnel et collectif. La reconnaissance développe le sentiment d’utilité. Elle favorise l’autonomie et la responsabilisation. Elle encourage le pouvoir d’agir et crée un environnement permettant de donner le meilleur de soi-même, de déployer tout son potentiel.

« Être pour », c’est s’engager, de bout en bout… Pour dépasser les intérêts court-termistes d’une organisation, l’engagement, qu’il soit environnemental ou sociétal, doit être porté par l’ensemble des individus qui la constituent. Se sentir engagé, c’est se sentir lié. Assumer ce lien nécessite de s’assurer que notre activité ne nuit pas aux membres de notre communauté et qu’elle soit bénéfique au maximum d’entre eux. D’un bout à l’autre de l’organisation, tout le monde doit s’accorder et cultiver le même niveau d’engagement, le même niveau d’exigence, partager les bons réflexes, incarner l’ambition collective pour que sa raison d’être devienne sa raison d’agir.

« Être pour », c’est assumer ses responsabilités ! Pour s’engager, encore faut-il se sentir responsable. Le militantisme a sa place dans les organisations. Il est fondamental, en tant que citoyen, de contribuer à développer en leur sein un rôle d’influence sur les réglementations et les standards de bonnes pratiques. Notre responsabilité personnelle consiste à ne pas rester passif, et la responsabilité des organisations à réduire leur impact environnemental au minimum et surtout assumer les conséquences de leurs actions. La deuxième ne sera pas assumée si la première ne l’est pas d’abord… Une action citoyenne et militante en parallèle des logiques marchandes et visant les enjeux institutionnels est indispensable pour faire face à ce qui est vraisemblablement la plus grande crise jamais vécue par l’humanité.

« Être pour », c’est choisir et parfois renoncer… Sanctuariser les décisions n’allant pas nécessairement vers une maximisation du profit à court terme mais visant à créer de la valeur partagée et durable permet de pérenniser la mission de l’entreprise. Il s’agit ici de repenser ses activités cœur de métier à l’aune de leur contribution aux grands enjeux sociétaux et/ou environnementaux. Arbitrer en permanence entre les performances à court terme et les enjeux à long terme est une manière de répondre à l’injonction contradictoire qui pèse sur toutes les entreprises à l’heure actuelle. La mission devient alors un moyen de guider les dirigeants pour tout ce qu’ils font, mais aussi pour tout ce qu’ils décident collectivement d’abandonner. À travers ce prisme, les renoncements d’aujourd’hui sont les profits de demain. Le renoncement est aussi une affirmation. Il est préférable parfois d’avancer à contre-courant plutôt qu’à contrecœur ! Cela nécessite que les parties prenantes de l’entreprise s’accordent sur le sens dans lequel elles souhaitent se diriger.

Ma source d'inspiration :
En quête de sens : Un dialogue entre dirigeants et futurs dirigeants - Cécile de Lisle & Rodolphe Durand

Quoi de plus significatif que l’image des lignes d’eau d’une piscine olympique pour symboliser l’alignement ? Les innombrables exploits des sportifs aux JO2024, notamment les extraordinaires performances de Léon Marchand en natation, ont faire remonter à la surface ce qui se joue dans les profondeurs de ces grandes compétitions et dans le cœur des grands champions. Comme en témoignent les athlètes qui ont marqué les épreuves de leurs prouesses, derrière chaque médaille se cache un travail de titan dans leur discipline, année après année, et aussi un état d’esprit puissant forgé à partir d’une meilleure connaissance de soi et de ses modes de fonctionnement. Cette préparation, bien plus « globale » que « mentale » à mon sens, est indispensable pour dépasser ses peurs, gagner en confiance et aller au-delà de ses limites. Qu’avons-nous à apprendre de ces sportifs de haut niveau pour donner le meilleur de nous-même dans nos activités professionnelles comme personnelles et libérer notre plein potentiel ? Je vous invite à plonger dans le grand bassin de l’alignement…

Dans le domaine du sport, toutes disciplines confondues, lorsque l’on décrypte les fondements de la performance, quatre éléments ressortent significativement aujourd’hui : les prédispositions, l’entraînement sportif, la préparation physique et la préparation dite « mentale », que j’appellerai plutôt « globale ».

Les athlètes qui gravissent les marches du podium, quelle que soit la compétition, possèdent en eux des prédispositions indéniables, génétiques, physiques, psychologiques, cognitives… et certainement un savant dosage de toutes ces capacités complémentaires.

Philippe Lucas, l’ancien entraîneur de la nageuse Laure Manaudou, a commenté les prouesses de Léon Marchand dans la presse. Le coach est dithyrambique. Pour lui, cet exploit n’est « même pas exceptionnel, c’est grandiose ! ». Il considère qu’il a toutes les qualités du très haut niveau et que tous les entraîneurs aimeraient avoir un tel athlète dans leur équipe. Philippe Lucas qualifie le jeune médaillé de « poisson ».

Selon lui : « c’est inné. Il est hyper aquatique ».

C’est indéniable, Léon Marchand a su trouver sa part de génie. Pourtant, la natation ne s’est pas imposée à lui immédiatement. Même s’il se sent très à l’aise dans l’eau dès le plus jeune âge, il s’est d’abord essayé au judo et au rugby et c’est seulement vers 12-13 ans qu’il commence à s’entraîner au club de natation toulousain.

Nous avons tous une part de génie en nous, de façon innée, qu’il nous faut découvrir. Cela ne fait pas nécessairement de nous des êtres d’exception, mais des êtres singuliers. Se connecter à nos ressources profondes, connaître nos talents innés, nos capacités à réaliser quelque chose dans quoi nous éprouvons du plaisir et qui nous rend uniques est de notre responsabilité. Nos capacités sont des trésors qui ne demandent qu’à être découverts et déployés !

Faire émerger nos talents est une source de joie et d’épanouissement personnel car ils sont une composante importante de l’estime de soi. C’est un véritable cercle vertueux : plus nous exerçons nos talents, plus nous réussissons, plus nous sommes confiants, plus nous osons les développer encore, et plus nous sommes épanouis.

Selon Thomas Sammut qui accompagne Léon Marchand et de nombreux sportifs de haut niveau à prendre soin de leur santé mentale, apprendre à se connaître et à s’épanouir en tant qu’individu est le meilleur chemin vers la réussite : « la clé de voute, c’est de participer à l’éveil de leur identité et de renforcer leur personnalité. C’est gagné quand ils se portent un amour inconditionnel ».

Il constate qu’en France, nous avons été éduqués à nous percevoir à travers nos manques et nos prétendus défauts. C’est une erreur. Nous sommes tous différents et uniques.

Pour le coach : « C’est en sublimant nos singularités que, d’abord, on se sent bien, puis que l’on excelle ».

La compétition, Thomas Sammut la voit comme une opportunité d’aller chercher le meilleur en nous. Mieux on se connaît et moins on subit les injonctions des autres qui nous renvoient l’image de ce que devrait être la « perfection ». La pression du résultat et de la première place est usante pour notre système nerveux qui n’est pas fait pour subir ce stress dans la durée. Personne ne peut fournir le meilleur de lui-même s’il subit une pression extrême ou régulière. Alors qu’en se focalisant sur notre plaisir dans la pratique d’un sport qui nous élève, il devient possible de performer durablement. Le plaisir fonctionne alors comme un véritable moteur.

Léon Marchand le répète à l’envi ; son mot clé est le plaisir. En étant focus sur ce qui le fait « kiffer » dans son sport, il vit un véritable « élan du cœur » qui lui permet de voir bien au-delà des médailles et des records. Sa curiosité, dans la vie comme dans son sport, l’incite à se challenger sur de nouvelles manières de faire, à se tester sur d’autres nages, plutôt que de faire la course aux records.

En se concentrant sur la recherche de maîtrise d’une nouvelle nage, plutôt que sur la recherche d’un résultat, l’entraînement peut être vécu comme un plaisir. Les efforts fournis pendant un entraînement régulier et intense favorisent ainsi la réalisation de soi et non la réalisation d’un objectif extérieur à soi.

Si Léon Marchand s’est abstenu de laisser exploser sa joie dès la première médaille, c’est pour conserver l’énergie procurée par cette extraordinaire émotion, intacte pour les épreuves suivantes.

Il évoque souvent l’énergie qui le porte, qu’il va chercher au moment de la compétition, pour prendre du plaisir dans son sport et « se transcender ». Cette énergie qu’il ressent dans son corps lui permet « de partir vite, de se régénérer pendant la course, d’arriver à fond »… Il capte aussi l’énergie qui l’entoure, dans le public, dans le bassin, pour performer, « sans forcer sur les muscles ». En se connectant à « l’ambiance dingue » dans la piscine, il ressent « les vibrations » provoquées par la clameur des supporters, « même sous l’eau » !

Lorsque Léon Marchand parle des bénéfices de son travail avec son coach Thomas Sammut, il confie « avoir grandi en tant qu’humain », avoir appris qui il est en tant qu’humain et pas uniquement en tant que nageur. Être au clair avec ce qui nous anime, au cœur du réacteur, est essentiel pour se connecter à son énergie vitale et s'élever au-delà du petit soi.

Cela implique d’être pleinement focus, « dans sa ligne », pour reprendre l’expression de ce formidable athlète. Une image qui sacralise l’importance d’aligner toutes ses capacités pour donner le meilleur de soi-même. La leçon d’alignement de Léo Marchand illustre parfaitement comment mettre en cohérence tous ses cerveaux : son cerveau rationnel, en définissant la stratégie et les projections pour performer ; son cerveau émotionnel, en capitalisant sur les émotions pour orienter l’énergie au bon endroit et au bon moment ; son cerveau sensoriel, en inscrivant dans chaque parcelle de son corps le plaisir de la nage pour se dépasser ; et enfin son cerveau spirituel, en ciblant son plaisir en direction d’un rêve plus grand que lui.

Après ces incroyables JO2024, Léon Marchand est résolu à s’accorder un mois et demi de vacances, sans nager, même s’il sait que l’appel du bassin va être fort. Cette pause lui permettra de « repartir de zéro » pour préparer les prochaines compétitions.

Même si les efforts consentis pour préparer et vivre une compétition de haut niveau sont sans commune mesure avec les exigences de notre quotidien de travail, il ne faut pas négliger que pour donner le meilleur de soi-même nous avons tous besoin de temps de décompression. S’extraire du rythme effréné, s’accorder du temps, de l’espace, pour sentir où le courant nous porte, laisser notre esprit se couler vers de nouvelles voies… Au-delà des vacances estivales, propices à la déconnexion, s’offrir des bulles de ressourcement et d’inspiration, seul.e ou entre pairs, favorise une reconnexion à soi et à nos aspirations profondes, à notre source.

Mes sources d'inspiration :
Comment le nageur Léon Marchand a travaillé son mental - BRUT
Léon Marchand : "C'est des moments incroyables dans une vie de sportif" - FRANCE.TV
Thomas Sammut, préparateur mental de Léon Marchand : « Quand je parlais du lien entre bien-être et performance, on me riait au nez ! » - COURRIER CADRES

Le sens est un puissant levier d’engagement et de joie… Pourquoi je me lève chaque matin ? Pourquoi j’ai choisi ce métier ? Pourquoi je prends cette décision ? Cette quête de sens qui rythme votre quotidien de travail n’est pourtant pas un long fleuve tranquille car le sens ne se décrète pas ! Ni par votre entreprise, ni par votre manager. Pas davantage par vos clients.

La quête de sens est une chasse au trésor dont vous êtes l’explorateur central. Le sens est une pépite, le carburant qui entraîne votre moteur, l’élan qui vous propulse dans l’action avec énergie et enthousiasme. Cette pépite est nichée dans les profondeurs de votre « mine » intérieure. Vous êtes un gisement de sens et pourtant ne savez pas comment extraire cette matière précieuse. Ne cherchez pas à l’extérieur, vous détenez tous les outils à l’intérieur. Cela demande juste un peu d’apprentissage et d’entraînement. Et surtout de mobiliser toutes vos intelligences… jusqu’à les mettre en cohérence, les aligner en quelque sorte.

En conjuguant toutes vos intelligences, vous êtes capable de percevoir la vie en 4 dimensions et de prendre les décisions les plus justes, celles qui font sens pour vous.

Vous avez toutes et tous déjà fait l’expérience de l’alignement, c’est certain. Souvenez-vous de ce moment intense où vous avez ressenti une incroyable énergie qui a irradié du bout de vos orteils jusqu’à la pointe de vos cheveux et vous a procuré une joie indicible. Un moment suspendu pendant lequel vous vous êtes senti.e puissant.e et porté.e vers l’action.

Vivre de telles sensations reste un événement rare et fugace. Pourtant, tout être humain est doté des ressources dont il a besoin pour sentir le sens dans sa vie et discerner avec clarté ce qui est juste et bon pour lui. Nous le sentions distinctement lorsque nous étions enfant, tout à notre joie de vivre le moment présent. Puis, en traversant l’adolescence, nous avons oublié ; nous avons perdu le contact avec la légèreté, avec la fluidité des émotions. La gravité du cerveau rationnel a pris le dessous jusqu’à nous détourner des autres cerveaux auxquels nous étions connectés dès le plus jeune âge.

Avec les études, le travail, les responsabilités, les contraintes diverses, les expériences de la vie, nous nous sommes forgé un mental fort, car la société met sur un piédestal l’intelligence rationnelle. Depuis l’école, nous avons appris qu’en développant cette intelligence, nous allions accroître nos capacités intellectuelles, obtenir des diplômes, évoluer professionnellement et ainsi réussir dans la vie.

En mettant toute notre énergie à entretenir notre intelligence rationnelle, nous avons fait de notre mental le radar principal pour analyser les situations et prendre des décisions, en nous dissociant des autres intelligences humaines dont nous étions dotés depuis la naissance. Nous avons ainsi occulté des dimensions essentielles pour percevoir distinctement les événements de la vie dans notre monde complexe et incertain.

En ne percevant les situations, qu’à travers notre cerveau rationnel, nous nous limitons à une seule dimension. Alors qu’en conjuguant nos intelligences rationnelle, émotionnelle, sensorielle et spirituelle, nous sommes capables de voir la vie en quatre dimensions !

Les neurosciences ont démontré qu’il n’y a pas de cerveau sans corps. Il est par conséquent impossible de prendre une décision juste sans avoir pris en compte notre ressenti et les émotions qui y sont liées, au niveau corporel.

Nos émotions sont le fruit d’une coopération entre le corps et la tête ! C’est dans notre corps qu’elles se font vibrantes, si nous savons y prêter attention. En se focalisant sur la sensation physique qui fait écho à une émotion, dans les recoins de notre corps, en accueillant et en reconnaissant cette sensation, qu’elle soit agréable ou désagréable, confortable ou inconfortable, nous devenons capables d’en comprendre le sens.

L’intelligence spirituelle, quant à elle, nous permet d’élever notre niveau de conscience sur les événements que nous vivons, c’est-à-dire, les regarder avec l’esprit critique, le recul, la prise de hauteur nécessaires pour les appréhender en toute neutralité, comme un observateur extérieur. Ce cerveau nous autorise également à élargir notre champ des possibles, à voir plus grand et ainsi à nous dépasser. Moins pollués par les peurs, les doutes, les croyances et les limitations de notre mental, nous devenons plus créatifs. Nous nous ouvrons à la nouveauté et à l’inconnue.

Synchroniser tous nos cerveaux nous procure une forme de limpidité intellectuelle qui est littéralement la porte d’entrée de notre intuition.

Nous entraîner régulièrement à solliciter nos quatre cerveaux, en accueillant, écoutant, ressentant profondément, nous permet d’affuter notre perception des signaux faibles et de contacter le sens en nous.

En mettant en cohérence l’ensemble de nos ressources intérieures nous sommes plus à même de faire face aux défis qui nous animent avec énergie, enthousiasme et impact. Nous développons une conscience profonde des choses : sentir et ressentir les événements, les situations, de l’intérieur favorise le développement d’une acuité et d’un discernement très fins.

Dans le monde complexe et impermanent dans lequel nous évoluons, sortir de l’incertitude et avancer dans nos projets avec confiance requiert une grande humilité et beaucoup de tâtonnements. Savoir que l’on ne sait pas nous ouvre à un immense espace de liberté pour s’ajuster, inspirer du nouveau, et ainsi, s’adapter en permanence.

En alignant tous nos cerveaux, nous créons un état de cohérence dans lequel toutes les informations et tous les choix deviennent accessibles, toutes les réponses à nos questions sont disponibles. Avec un entraînement régulier à l’art du discernement, nous sommes en mesure d’ausculter nos mouvements intérieurs pour décoder et comprendre le sens qui est juste pour nous et prendre les décisions en conséquence.

Face à un événement que nous vivons, une situation que nous traversons, un projet que nous construisons, nos intelligences synchronisées se mettent au diapason de notre raison et de notre désir, les conjuguent pour peser leurs poids respectifs chargés de sens. Peser ces pépites de sens nous permet de jauger de quel côté penche notre balance intérieure, de sentir ce qui se qui se manifeste en nous pendant cette pesée, ce qui s’est éventuellement déplacé par rapport à notre position initiale, ou ce qui, au contraire, s’est confirmé.

La décision est prise « du dedans », à partir de notre identité singulière. Il n’y a pas ici de « bon choix en soi », mais un « bon choix pour soi ». La confirmation de ce choix éclot en nous dans un mouvement de paix intérieure, une sensation de stabilité émotionnelle, un élan de confiance. L’action qui en découle est fluide, juste, emprunte d’évidence. Elle ne demande aucun effort, elle ne suscite aucune peur, aussi audacieuse soit-elle.

Harmoniser nos capacités sensorielles et psychiques fait de nous des êtres pleinement incarnés, avec un sens du discernement aiguisé, pour acquérir un haut degré de performance, une maîtrise de soi et une capacité d’adaptation permettant de traverser les difficultés imprévues.

Mes sources d'inspiration :
Et si je libérais mon intelligence intuitive et spirituelle - Valérie SEGUIN
Foi et neurosciences - Thierry MAGNIN
Eloge de la métamorphose - Alain de VULPIAN

Dans un monde empreint d’incertitude et d’impermanence, il vous arrive certainement d’éprouver des difficultés à vous orienter dans votre vie professionnelle comme personnelle. Vous vous sentez chahuté(e) dans tous les sens, impuissant(e) face à cette agitation. Vous avez le sentiment de maîtriser peu de choses. Naturellement, pour trouver un peu de sérénité, vous avez tendance à chercher dans votre environnement des perspectives rassurantes, des signaux qui semblent vous indiquer la direction à prendre… Il est cependant superflu de chercher très loin, car vous seul(e) portez le sens qui vous mettra en mouvement avec énergie et impact. La boussole est en vous ; encore faut-il en connaître le mode d’emploi.

Dans le tumulte du monde d’aujourd’hui, gouverné par l’incertitude et une certaine dictature de la vitesse, nous faisons face à de profonds dérèglements, d’ordre écologique, social, économique… et individuel. Nos repères sont ébranlés et il nous est difficile de nous projeter avec confiance dans l’avenir.

Pourtant, au-delà de ce tableau inquiétant, il existe des voix porteuses d’espoir qui discernent d’immenses potentiels dans l’époque que nous vivons. Otto Scharmer, maître de conférences au MIT et cofondateur du Presencing Institute, y voit le berceau de transformations profondes. Pour lui, nous assistons au passage d’un mode de pensée ego-systémique, centré sur le « moi d’abord » et le « toujours plus », à un mode de pensée éco-systémique, plus sobre et incluant le bien-être de tous.

Pour sa part, le sociologue et ethnologue Alain de Vulpian considère que nous avons organisé notre société, nos entreprises, nos systèmes de gouvernance et nos relations de façon rationnelle. Nous avons construit une économie rationnelle dont nous avons été incapables de piloter le développement et qui s’est emballée. En réaction, il voit s’esquisser une société plus fraternelle pour affronter les défis du XXIe siècle. Une nouvelle société, plus organique qu’organisée, pleine de vitalité, douée pour panser ses blessures et prendre soin de son bien-être. Une société qui, en s’épanouissant prépare un futur plein de sens pour l’espèce humaine.

Tous deux évoquent les formidables capacités dont tous les êtres humains sont dotés pour transformer ces obstacles en opportunités et nous invitent individuellement et collectivement à nous connecter aux ressources insoupçonnées que nous procure notre « plasticité du vivant » pour trouver le sens, la direction qui est juste pour chacun d’entre nous.

Mesurez le niveau de vos indicateurs humains

Comment prendre ma place dans ma nouvelle activité ? Comment engager mon équipe dans un nouveau projet, une nouvelle organisation ? Comment retisser des liens avec un collègue, un collaborateur, un ami, un membre de ma famille ? Quelle nouvelle orientation professionnelle envisager ?

Ces interrogations que je vois régulièrement émerger lors de mes accompagnements illustrent le besoin de sens qui nous étreint sur les grandes questions de notre existence. Que l’on soit dirigeant pour s’adapter aux bifurcations des marchés et des règlementations, que l’on soit manager pour accompagner les défis de son équipe, à titre individuel pour prendre sa place dans un nouveau projet…

Dans un environnement instable, complexe, incertain ; face à un horizon bouché, le principal indicateur sur lequel nous pouvons compter, c’est nous-même ! Pour faire le parallèle avec les indicateurs de pilotage ou de qualité en entreprise, nous pouvons mesurer au quotidien quel est le niveau de nos indicateurs humains afin d’apprécier la justesse de nos décisions, de nos actions et se réguler le cas échéant.

Selon Otto Scharmer, nous sommes aveugles à la dimension profonde de notre leadership. Pourtant, comme ses recherches auprès de dirigeants et d’athlètes le montrent, être à l’écoute de l’état intérieur, à la source de nos décisions, de nos actions, permet d’accroître son acuité et donc ses performances. Il nous invite ainsi à mettre en lumière ce « point aveugle » en approfondissant notre expérience de l’écoute « de l’intérieur vers l’extérieur ».

Otto Scharmer nous propose trois chemins pour accéder à nos territoires profonds :

Pour Alain de Vulpian, dans notre environnement vivant, impermanent, fragile et robuste à la fois, nous ne pouvons pas prévoir ni commander les évolutions. Nous pouvons tout juste percevoir les tendances, en cultivant le vivant, et anticiper prudemment des bifurcations. Ce sont les mécanismes naturels du vivant beaucoup plus que les volontés et les initiatives des acteurs qui produisent des changements structurels majeurs.

Ainsi, il nous invite à être à l’affût des réactions du système afin d’ajuster notre intervention, et nous propose d’adopter une « posture tâtonnante ». Pour cela, il nous faut développer notre conscience de nous-même, de la façon dont nous fonctionnons et de notre évolution continue. C’est-à-dire mieux comprendre le vivant en augmentant notre « plasticité du vivant ».

Nous devons apprendre à être en prise directe sur nos émotions, nos sensations et nos intuitions, tout en restant connectés à notre raison. En mobilisant tout notre potentiel humain et en reliant toutes nos intelligences : rationnelle, émotionnelle, sensorielle et spirituelle, nous pouvons faire face aux problèmes complexes de la vie. Nous devenons ainsi plus aptes à repérer les signaux faibles annonçant des blocages ou des opportunités, des fluctuations ou des bifurcations à engager pour avoir plus d’impact dans ce que nous créons et plus d’énergie pour passer à l’action.

En nous découvrant plus grands, plus profonds, plus multiples que nous le croyions, nous prenons conscience de la richesse des ressources dont le vivant nous a dotés. Et nous trouvons la faculté de mieux sentir le sens de notre vie et la voie à suivre. Cette connexion augmentée à nous même et à notre environnement fait de nous des êtes « socioperceptifs », à la fois sensibles et connectés aux autres.

Ressentir, c’est faire l’expérience du sens

Sentir le sens, c’est donc vivre une expérience des sens, de tous les sens. Pas seulement le sens rationnel fabriqué par notre mental, porté par nos croyances, nos habitudes, nos modèles mentaux, nos peurs… mais aussi le sens issu de notre intelligence émotionnelle et corporelle. Car le corps pense et nous ne comprenons une situation distinctement qu’à travers ce que nous ressentons. Notre corps est notre ami intime, notre boussole intérieure, notre indicateur de sens.

Par exemple, la joie nous fait vivre des sensations délicieuses qui courent dans notre sang jusqu’au fond de notre cœur et qui traversent notre esprit le plus pur dans une impression de calme. Notre esprit et notre corps se mêlent en harmonie. La tristesse s’accompagne d’une sensation de rétrécissement intérieur, voire de verrouillage de certaines parties de notre corps. Notre esprit et notre corps se trouvent comme entravés et notre respiration peut être altérée jusqu’à l’apnée. Chacune de ces informations délivrées par notre corps est précieuse pour comprendre notre état intérieur.

Comme l’évoque la psychologue et psychothérapeute Jeanne Siaud-Facchin, ressentir, c’est rendre nos vies pleines de sens, au sens propre et avec tous nos sens. Ressentir, c’est se sentir vivant, c’est donner de la vie à la vie.

C’est avec tous nos sens que l’on discerne clairement ce qui est bon pour nous. Je le sens, je le sais. Nous savons avec nos sens, juste avant de comprendre avec notre tête. Ressentir nous libère du besoin de maîtriser, a fortiori dans un environnement incertain et impermanent. D’ailleurs, nous conservons la trace d’un souvenir, agréable comme désagréable à travers ce que nous avons ressenti, au-delà des mots échangés. Nous sommes un tout, une alchimie.

En ressentant le sens avec tous nos sens, un champ des possibles s’ouvre à nous avec clarté. Ainsi, nos pensées, nos mémoires, nos émotions, nos sensations s’accordent pour entrevoir un futur souhaitable vers lequel se mettre en chemin et faire les meilleurs choix. S’entraîner chaque jour à activer cette « plasticité du vivant », nous permet de développer notre acuité et d’affuter notre discernement en étant pleinement connectés à notre boussole intérieure.

Mes sources d'inspiration :
Théorie U, l'essentiel d'Otto SCHARMER
Eloge de la métamorphose d'Alain de VULPIAN
Happinez.fr - Jeanne SIAUD-FACCHIN - Ressentir
Le ressort invisible ou comment survivre aux situations extrêmes - Philippe SILBERZAHN

Je n’ai jamais autant pris la mesure de l’impact des rencontres dans ma vie que depuis que j’en ai changé… Est-ce à dire que les grandes étapes de transformation qui jalonnent notre existence sont émaillées de rencontres clés, voire que ces transformations sont favorisées par les personnes que nous rencontrons sur notre chemin ? Oui, c’est une évidence : la rencontre est au cœur de l’aventure de notre existence. Pourtant, ce que l’on pourrait croire être l’œuvre du hasard, se provoque, en se tenant prêt.e à accueillir les rencontres.

J'ai donc décidé de les ritualiser, de me nourrir aussi souvent que possible du plaisir de la rencontre dans un principe de réciprocité. C’est-à-dire de gratifier mes journées de « rencontres augmentées », ces moments précieux de pleine présence à soi et à l’autre, d’où chacun repart comme « augmenté », plus grand, plus intense, plus profond… En plaçant la rencontre comme centrale dans le déroulement de ma vie, le champ des possibles s’est ouvert, telle une invitation à « sortir de moi », à quitter ma zone de confort. Dans la rencontre, je me suis rendue disponible pour accueillir ce que la vie m’offrait à travers l’autre, et donner à mon tour.

Pourquoi certaines rencontres nous donnent-elles l’impression de renaître ? Cette question que pose l’ouvrage de Charles Pépin : La Rencontre, une philosophie, traduit l’extrême puissance de cette aventure humaine qui peut nous bouleverser au plus haut point.

Rencontrer l’autre, c’est accepter d’être troublé, bousculé

Charles Pépin nous partage sa définition : le mot « rencontre » vient du vieux français « encontre ». Il exprime « le fait de heurter quelqu’un sur son chemin » et renvoie donc à un choc avec l’altérité. Deux êtres entrent en contact, se heurtent, et voient leurs trajectoires modifiées.

Quelque chose se produit, que nous n’avons pas choisi, qui nous prend par surprise : c’est le choc de la rencontre. Ce trouble qui nous étreint a une double résonance. Il nous porte vers l’autre, cet inconnu qui nous étonne et nous attire à la fois, pour qui nous ressentons perplexité et curiosité. Le choc de la rencontre nous renvoie également vers cette partie de nous-même qui nous échappe. Comme un retour à soi, il nous révèle à nous-même.

Selon le philosophe, dans la rencontre, l’autre m’intéresse, au sens le plus noble ; il m’intéresse même deux fois. Une première en tant qu’autre qui m’éblouit et me questionne. Une seconde en tant qu’occasion de progresser.

Rencontrer l’autre, c’est une invitation à explorer un autre monde

Pour Charles Pépin : « Rencontrer quelqu’un, c’est se trouver projeté au seuil d’un monde nouveau, happé par l’envie de l’explorer ; c’est une invitation au voyage. »

La rencontre nous aspire vers un ailleurs, un territoire inconnu et nous élève au rang d’explorateur. Le choc laisse place à une vibration, un désir intense de découvrir l’autre, de déplier le paysage dans lequel il est enveloppé et s’y promener.

Dans ce voyage, nous faisons l’expérience de l’altérité, en découvrant un autre point de vue, en acceptant de se décentrer pour voir les choses à travers son regard. Ce rapprochement d’horizons différents produit une pensée nouvelle et permet à chacun de progresser, de s’ouvrir à la vision de l’autre, sans renier la sienne, mais en l’approfondissant. Il s’agit de faire exister l’autre à ses côtés, dans son altérité. Se donner la chance de voir le monde avec les yeux de l’autre nous autorise à ressentir les choses avec son cœur.

La première rencontre a une saveur toute particulière. Ce moment où nous croisons le chemin de cette personne pour la première fois. Il peut nous sembler que nous la connaissions déjà, que nous avions rendez-vous avec elle. Ce sentiment d’évidence que nous ressentons lorsque l’inconnu nous semble si familier donne à la rencontre une forme de durabilité, l’espoir que l’autre reste un mystère à découvrir sans fin.

Il existe autour de moi quelques « personnes ressources » avec lesquelles je pourrais goûter au plaisir de la rencontre, encore et encore. Les retrouver me procure curiosité et joie, comme une soif inextinguible de les découvrir vraiment. Car chacune de nos rencontres est l’occasion d’approfondir et de croiser nos facettes respectives.

« Nous n’avons jamais fini de faire le tour de l’autre » écrit le philosophe Alain Badiou.

Parfois, une rencontre a lieu pour accompagner une transformation ou impulser la naissance d’un projet. Avoir rencontré l’autre nous donne des ailes. Nous allons additionner nos talents pour écrire une histoire ensemble et créer quelque chose de plus grand que nous, que nous ne pouvions accomplir seul.e.

Le signe que la rencontre a lieu est l’excitation que ce projet provoque en nous, cette envie de s’engager sans tarder, la certitude que nous allons faire équipe et ensemble réaliser de grandes choses. La rencontre permet alors de dépasser nos craintes ou nos angoisses, attachées à notre propre histoire, comme l’autre le fait avec les siennes. Ainsi, s’ouvre un champ des possibles inédits : du seul fait de la rencontre, le pouvoir de l’un s’accroît de celui de l’autre.

Lorsque nous changeons au contact des autres, nous comprenons combien nous avons besoin d’eux pour devenir nous-mêmes.

Nous avons besoin de rencontrer l’autre pour nous rencontrer

« Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui » nous partage le philosophe Paul Ricoeur.

Si la rencontre est première, marquée par un mouvement hors de soi, où nous restons un temps fasciné par l’autre, vient le moment où nous revenons à nous-même, où nous intégrons cette rencontre dans notre propre histoire, où nous en faisons quelque chose pour nous-même.

Pour Charles Pépin, au fond, c’est comme s’il y avait deux rencontres simultanées : à travers l’altérité de l’autre se révèle l’altérité en nous. En s’aventurant hors de soi pour aller à la rencontre de l’autre, nous éprouvons cet ailleurs pour nous-même, nous goûtons à une nouvelle identité, échappée de notre conditionnement social.

Heureusement, certaines rencontres nous arrachent à ce cadre social dans lequel nous sommes enferrés. Elles produisent un choc capable de fissurer notre carapace et de faire souffler un vent de liberté sur notre identité figée.

Ces rencontres-là se jouent sur une fréquence transformatrice, elles ébranlent toutes nos croyances. Les émotions qu’elles génèrent provoquent un débordement qui abolit les limites ordinaires et laissent place à un espace infini pour exister pleinement.

Le trouble, la curiosité et le désir de se lancer sont les premiers signes de la rencontre en train de se faire. Puis l’expérience de l’altérité et la transformation sont les signes d’une rencontre qui se continue et produit ses effets.

Encore faut-il être disposé.e à la rencontre…

Nous avons tous connu des rendez-vous manqués ! La rencontre n’a pas eu lieu pour une raison ou une autre, avec son lot de déception et de frustration. Pour réussir la rencontre, Charles Pépin relève trois dispositions préalables.

Sortir de (chez) soi

Rencontrer quelqu’un, c’est s’arracher à sa position de sujet autocentré pour s’ouvrir à la perspective de l’autre. C’est provoquer la chance en faisant un pas de côté, rompre avec les habitudes qui nous engourdissent. C’est aussi être prêt à accueillir ce qui se présente, le bon comme le mauvais. Se lancer l’esprit ouvert, moins concentré sur le but qu’attentif à tout le reste.

Notre époque ne nous encourage pas suffisamment à l’action. Comment oser partir à la rencontre de l’imprévu, se jeter dans l’inconnu avec confiance, quand le mot d’ordre est à la prévision, à l’anticipation, au risque calculé ?

« Une vision gestionnaire de l’existence a triomphé des conceptions aventureuses de la vie » selon Charles Pépin.

Avec son mantra « J’y vais-je vois », le philosophe nous invite à la rencontre. Car la vie véritable, essentielle, repose précisément sur ce qui échappe à l’anticipation. Y aller vraiment, c’est y aller sans vraiment être prêt.

Se rendre disponible à la rencontre

Des attentes trop précises risquent de nous faire manquer la rencontre. Développons donc notre disponibilité en goûtant à l’excitation que connaît l’aventurier. Sortons de chez nous, enthousiaste à l'idée de ne pas savoir à quoi nous attendre.

« Plutôt qu’abolir le hasard, embrassons-le et jouons avec lui. […] Laisser le hasard présider à nos destins est souvent la promesse des plus belles rencontres » nous encourage Charles Pépin.

Nous rendre disponible, nous demande d’assouplir nos attentes, nos critères, nos préjugés. Pareils à des œillères, ces derniers restreignent notre champ de vision et nous empêchent d’envisager ce qui pourrait faire notre bonheur. Débarrassons-nous de nos restrictions, remettons en question nos habitudes et nos certitudes. Expérimentons notre aptitude à ne pas savoir.

Moins nos attentes sont précises, plus nous sommes ouverts à ce que le moment peut nous offrir dans le présent. Il ne s’agit pas d’une attention focalisée vers un but précis, mais d’un état général d’éveil. Là s’exprime la vraie disponibilité.

La rencontre exige cette disponibilité-là, être capable de prendre son temps, de la perdre aussi, de s’arracher à la dictature des choses à faire, à la pression de l’urgence. En discutant de tout et de rien, en flânant, nous nous donnons le loisir de rencontrer profondément, de vivre un moment hors du temps. Nous nous autorisons un instant de grâce en nous livrant entièrement à la rencontre.

Laisser sa vulnérabilité s’exprimer

S’autoriser à tomber le masque, se départir de son « meilleur profil » pour se montrer sous un jour moins lisse, plus sincère. Lorsque nous assumons nos doutes et nos craintes, lorsque nous osons les exprimer ouvertement, sans fard ni faux-semblant, alors s’ouvre un espace où la rencontre devient possible.

Nous croyons que ce masque social dont nous nous affublons nous protège, alors qu’il nous isole et nous éloigne des belles rencontres. Oser se montrer vulnérable permet de briser d’un coup tout un jeu de postures et de rôles qui font barrage à la rencontre.

« Il y a une faille en toute chose, c’est par là qu’entre la lumière » chante Léonard Cohen.

Se montrer vulnérable autorise l’autre à faire de même, à se montrer comme il est, sans craindre d’être jugé, à laisser surgir ses émotions, en écho à sa propre histoire.

Le dénominateur commun à ces trois dispositions à la rencontre est la confiance. Avoir confiance en l’action et son pouvoir de reconfigurer le réel. Avoir confiance dans l’imprévu et dans l’inconnu pour se découvrir autre. Avoir confiance en nous-même pour oser se « mettre à nu ». La meilleure façon de rencontrer les autres est de leur faire confiance.

Dans la rencontre, nous vivons littéralement un choc à retardement ! Un temps pour le choc initial, un temps pour l’assimiler. Un temps pour être désemparé, un temps pour agir et s’aventurer dans sa propre existence. Un temps pour s’oublier, un temps pour revenir à soi.

Nos rencontres nous permettent, en nous tournant vers les autres, d’exister au plus haut point possible par la conscience commune que nous avons l’un de l’autre.

La découverte de l’autre, et plus encore, sa redécouverte permanente dans une rencontre perpétuellement augmentée, est un rendez-vous avec soi, en même temps qu’une exploration du monde.

Honorons ces rencontres qui chaque jour tissent la toile de notre vie !

Les vacances m’inspirent bien souvent des textes plus personnels. Comme si la pause estivale m’invitait au retour sur soi. Évidemment, un livre n’est jamais loin. En l’occurrence, ce livre-ci, je ne l’ai pas choisi ; c’est un cadeau. Il s’intitule « Être à sa place », par la philosophe Claire Marin. Un titre qui sonne très juste alors qu’exceptionnellement cette année, mes vacances d’été ont pour principal décor mon jardin. C’est donc baignée par l’énergie de l’érable argenté trônant au pied de ma maison que j’ai dévoré ce livre qui, pour le coup, m’a fait voyager. Car, comme l’envisage Claire Marin, le propre d’une place est de sans cesse se déplacer ou de déplacer celui ou celle qui croit pouvoir s’y installer…

Quitter la place qui nous rétrécit

« Être à sa place », la question se pose bien souvent lorsque nous ressentons un inconfort, le sentiment de se rétrécir et de s’enliser inexorablement dans les sables mouvants de la déchéance. Il peut arriver que la place que l’on s’est pourtant choisie tourne au cauchemar, que l’on s’y trouve coincé.e, empêché.e. Lorsque chaque matin, reprendre le chemin du travail nous fait suffoquer et que la proximité de notre bureau provoque panique et malaise, il faut fuir, fuir pour s’en sortir… Même si la destination n’est pas connue, nous savons combien il est vital d’échapper à ce confinement.

« S'arracher comme on arrache les mauvaises herbes, s'extraire pour ne pas pousser de travers. »

Fuir pour sauver sa peau revient parfois à s’exiler, disparaître du champ, le temps nécessaire pour se refaire – une santé – retrouver la confiance et renaître ailleurs, presque anonyme. Pas facile de disparaître, on y laisse des plumes, des amis, des choses qu’on aimait faire, quand même. Et puis, dans cet espace-temps où notre vie est suspendue, entre l’avant et l’après, dans cette parenthèse de rien, on reprend son souffle. Seul.e avec soi-même, l’imagination fait son œuvre, et dans ce tête-à-tête solitaire, on retrouve une place où créer un ailleurs.

Souvent, cette parenthèse de rien fait peur. Car on ne sait pas être dans le rien, surtout lorsque l’on vient de s’extirper de l’agitation d’un tourbillon de non-sens. Après le vacarme, le silence est assourdissant. Après le monde qui grouille d’esprits difformes, la solitude est effrayante. Alors, on apprend à écouter le silence. On apprend à percevoir les signaux émis par notre corps ; ceux que l’on n’avait pas su entendre jusqu’ici, malgré le corps qui crie. On sent l’inflexion de notre état intérieur, sa douce inclinaison du mode survie au mode vie. La paix reprend sa place.

Dans ce reset complet, nous pouvons nous réinventer. S’envisager autrement, sans nécessairement tirer un trait sur ce que nous étions, simplement se mettre à jour. En se libérant de toute contrainte, de nouvelles possibilités s’offrent à nous, qui n’attendaient que notre pleine et entière attention, dans l’espace créé hors des limites de notre mental et de nos peurs. S’extraire du temps et de l’espace permet d’entrevoir un au-delà du soi, ce soi qui nous était familier jusqu’ici, de dépasser le cadre de référence. Cet état suspendu donne une hauteur de vue pour surplomber le champ des possibles, une forme de souplesse pour s’agrandir et voir à hauteur de ses rêves.

Tracer sa route pour faire sa place

Lorsque le désir d’ailleurs se précise et l’appel du mouvement vibre dans toutes les cellules de notre être, il est temps de se mettre en chemin pour tisser la continuité de notre vie. Cette fois-ci, il ne s’agit plus de fuir, mais de s’ouvrir vers l’extérieur, de créer une brèche pour laisser passer la lumière. En suivant la lumière, comme un guide, le chemin se dessine, notre pas se fait plus sûr, jusqu’à trouver l’élan pour s’aventurer vers cet ailleurs qui nous attire. Dans le même temps, nous faisons la place pour que cet ailleurs s’immisce en nous et prenne ses marques.

Chacun à son rythme. Certains préfèrent arpenter les nouveaux espaces que le hasard a mis sur leur route, tel un pèlerinage. Goûtant avec curiosité les nouvelles saveurs que leur procure ce voyage itinérant en terres inconnues. D’autres préfèrent tracer leur route, avides de conquêtes, près à risquer leur vie « hors de soi », arpentant ces nouveaux territoires comme des opportunités à investir. Cultiver sa disponibilité intérieure permet d’accueillir l’inattendu dans la joie et l’enthousiasme.

« Il faut parfois faire tourner notre vie sur elle-même pour qu’elle s’insère parfaitement dans un lieu tout autre, qu’elle s’offre à un nouvel espace. »

Certaines terres se montrent naturellement hospitalières, nous ouvrant en grand les portes et nous accueillant spontanément dans notre altérité. Là où pour d’autres, il faut « montrer patte blanche », se faire introniser, jouer des coudes, ou finalement renoncer face à une trop forte hostilité. Lorsque l’espace résiste, se pose bien souvent la question de notre adéquation avec cette place. Est-elle réellement faite pour nous ?

C’est là toute la différence entre « faire sa place » et « forcer la place ». Peut-être avons-nous mal visé ! Cette place-là n’était pas bonne pour nous. Pour autant, cette épreuve nous a permis de voir plus juste pour ne pas rater notre cible la prochaine fois.

Attention également aux places en trompe l’œil. Elles ont l’air de nous aller comme un gant, comme taillées sur mesure. En s’insérant parfaitement dans l’espace en creux, comme la pièce manquante du puzzle, nous nous soustrayons à l’expérience d’apprendre de nouvelles choses, de nous jeter à l’eau et de grandir encore. Car être à sa place dans la vie est une évolution permanente.

La place dans le mouvement perpétuel

Paradoxalement, « être à sa place » ne signifie pas élire domicile, poser ses valises et se fixer une fois pour toutes, tel un arbre ou une montagne, immuables. Au risque de se voir rattrapé.e par l’immobilisme, l’isolement et l’habitude, premières causes de notre cécité et de notre surdité.

C’est, au contraire, faire l’expérience de la légèreté ; flotter dans l’existence au gré du mouvement de la vie. Nous découvrons notre place dans le désordre et les perturbations existentielles, en nous adaptant sans cesse aux aléas, aux turpitudes, faisant ainsi émerger nos ressources insoupçonnées.

Nous sommes en réalité des êtres sans cesse déplacés, comme portés par le vent ou les courants, ballottés d’une place à l’autre, loin de notre direction initiale. Tantôt pressés par un vent en rafales, tantôt ralentis par sa chute subite.

« Peut-être n’arrive-t-on jamais quelque part, quand on a tant traversé pour y parvenir. Comme si l’épreuve du trajet s’était substituée au lieu, comme si la dynamique et l’effort du mouvement s’étaient imprégnés en nous plus définitivement, telle une inquiétude caractéristique de notre personnalité, comme si cette oscillation entre le point de départ et d’arrivée était devenue une sorte de mouvement intérieur, une intranquillité impossible à calmer. »

Habiter la vie, c’est se mouvoir avec elle, danser avec elle, se couler dans son rythme, marcher dans ses pas, créer l’harmonie avec sa fréquence. En lâchant la volonté et en faisant confiance à la vie, on cesse de chercher le bon endroit. On n’a plus peur de se perdre. C’est justement là qu’on se trouve.

La place est en moi !

Habiter la vie, c’est aussi faire corps avec elle car la place est en nous ! Elle est l’empreinte de notre désir d’être et de devenir. Il nous appartient de désencombrer l’espace pour que ce désir puisse s’exprimer clairement en nous et à l’extérieur de nous. Reconnaître ce désir, l’écouter, le questionner, le partager, le mettre à jour, revient à prendre sa place, jour après jour.

Habiter sa vie, c’est habiter son corps. Ce corps qui a conservé les traces, les mémoires du vécu des places antérieures, celles où on s’est abîmé.e, épuisé.e, disloqué.e. Le corps se souvient, des années plus tard, et il se rappelle à nous lorsque l'on prend la mauvaise route, que l’on choisit la mauvaise place, encore. Le corps est pugnace ; il continue à nous parler, quand bien même nous avons été sourd.e et aveugle à ses signaux par le passé. Le corps est malin, il reproduit les mêmes troubles, les mêmes maux ; il réveille les mêmes schémas pour que la tête se rappelle.

Lorsque nous sommes à notre place, le corps s’étire dans sa plénitude, il respire la paix et nous gratifie d’une joie douce. Comme dans un alignement d’énergies, nous ressentons la cohérence et la synchronisation de toutes les fonctions de notre organisme. Notre corps a son propre langage, sa propre musique, qu’il nous faut apprendre à décoder pour entrer en harmonie avec les expériences de la vie.

Être à sa place, c’est danser de tout son être avec la vie, dans un mouvement et une impermanence perpétuels. Tel un funambule en quête d’équilibre, c'est s'entraîner chaque jour à poser un pied devant l’autre sur le fil tendu par l’existence, tantôt lâche, tantôt rigide...

Toute ma vie, j’ai entendu cette phrase : « Tu es trop gentille ! ». Je ne dirai pas que j’en ai souffert, simplement, j’ai régulièrement ressenti de l’inconfort à me voir classée dans la catégorie des « gentils », avec toutes les représentations que cela sous-entend. Aujourd’hui, j’ai compris combien cette forme d’intelligence – car c’est bien ce dont il s’agit – m’a été précieuse tant dans mon évolution personnelle que dans mes relations. Je réalise que mon ouverture du cœur est un cadeau qui me conduit chaque jour à faire les choix qui sont les meilleurs pour moi et à construire des liens solides et puissants avec les autres et le monde.

Rétrospectivement, je vois clairement les manifestations de mon intelligence du cœur car j’ai toujours su décrypter mes désirs profonds. A quatorze ans, j’avais déjà une vision très précise du métier vers lequel je voulais m’orienter. Par la suite, mes choix professionnels ont toujours été dictés par ma sensibilité du cœur. Dans mes relations amicales ou amoureuses, il en a été de même ; j’ai rarement été trompée par mes élans du cœur. Même s’il m’est arrivé de ne pas être en mesure de justifier instantanément d’une attraction ou d’une répulsion, la raison m’est apparue clairement un jour ou l’autre. Cependant, c’est bien là que se trouve la limite de l’intelligence du cœur, me semble-t-il, car si nous savons nous écouter et traduire nos intentions en actes, le motif de ces dispositions et bien souvent inaccessible. Pour permettre à l’intelligence du cœur de se déployer pleinement, nous devons donc faire preuve d’une grande confiance dans nos choix.

Aujourd’hui, l’intelligence du cœur est une capacité reconnue scientifiquement. La recherche en neurosciences a permis de découvrir que le cœur possède son propre système nerveux intrinsèque : un réseau de nerfs fonctionnellement sophistiqués décrit comme le « cerveau du cœur » contenant plus de 40 000 neurones. Ce petit cerveau donne au cœur la capacité d’évoluer de façon indépendante, de traiter l’information, de prendre des décisions, et même de démontrer un type d’apprentissage et de mémoire. Le cœur est donc reconnu comme un système intelligent qui influe directement sur le traitement des émotions et les facultés cognitives, en lien avec le cerveau de la tête et le cerveau du ventre.

Pour comprendre la place centrale qu’occupe notre cœur dans notre système neuronal, je vous invite à vous immerger dans l’ouvrage du psycho-praticien et thérapeute quantique Stéphane Drouet, intitulé L’intelligence quantique du cœur.

Stimuler notre conscience

Stéphane Drouet, présente notre corps comme un média à part entière, un système d’information qui, sous l’influence de données extérieures, émet des signaux vers le centre de liaison et de coordination qu’est notre cerveau (de la tête) via nos ramifications nerveuses. Ces torrents d’informations qui circulent en nous à chaque instant pour rejoindre notre cerveau sont très majoritairement inconscients puisqu’ils relèvent d’un fonctionnement automatique. En effet, la plus grande partie de notre activité corporelle et psychique échappe à notre conscience qui ignore plus de 99 % des informations captées par nos sens. Cette intelligence automatisée est une merveilleuse mécanique qui nous permet de consommer un minimum d’énergie au quotidien.

Pourtant, les 60 000 à 70 000 pensées quotidiennes inconscientes, que nous ressassons de jour en jour, nous maintiennent dans des schémas du passé, construits sur la base des expériences et des perceptions que nous avons déjà vécues. [A lire : « Soigner son intention, c'est dire STOP aux ruminations ! »] Alors comment actualiser ces informations issues du passé et les mettre à jour sur la base de notre réalité au présent ? Selon l’auteur, c’est en capitalisant sur le 1 % d’espace de conscience, ce canal ouvert à de nouvelles informations, que nous pouvons en permanence créer de nouvelles connaissances, de nouvelles compétences qui, à force de répétition, vont s’ancrer dans l’inconscient, et devenir à leur tour réflexes et automatiques.

Si nous souhaitons sortir des programmes érigés par notre inconscient à partir des empreintes émotionnelles de notre petite enfance, nous devons stimuler notre conscience sur ce que nous captons de la réalité dans le présent.

J’aime beaucoup l’image utilisée par Stéphane Drouet quand il évoque ce phénomène. Il décrit l’inconscient comme « notre bulle d’histoire d’enfant qui nous entoure de manière invisible, comme un halo qui porte toutes nos joies et désillusions, tous nos espoirs et désespoirs. Et surtout, qui nous influence dans l’expression de nos émotions, comme des programmes automatiques qui se déclenchent, et qui nous interdisent de ressentir et penser autrement que par l’intermédiaire de ces informations portées par cette bulle qui nous entoure. Comme une mémoire que nous transportons avec nous et qui nous dit comment agir et réagir, et qui influence nos perceptions, nos interprétations des gestes et comportements des autres ».

Ces programmes de pensées récurrentes associées à nos dépendances émotionnelles constituent seulement le tiers de notre potentiel neurologique. A côté, figure un vide neurologique immense correspondant aux idées, questions, pensées ou émotions que nous n’avons jamais ou quasiment jamais eues. Voilà pourquoi il nous est plus facile de dire ce que nous ne voulons plus mais très difficile d’identifier ce que nous voulons vivre de différent à la place. Car dans ce vide, nos circuits sont débranchés et nous sommes incapables de penser avec les pensées de ce vide car nous n’avons jamais pensé dans ce sens. En conséquence, changer d’avis, de croyance, de valeurs, de modèle du monde, de philosophie de vie, nous demande une énergie considérable, car les circuits ne sont pas créés. Ou plutôt, certaines connexions neuronales se sont débranchées au fil des années. Car à l’âge de deux ans, l’enfant dispose d’un maximum de connexions neurologiques au regard de son potentiel génétique. Puis, en fonction de nos interactions avec nos parents, notre famille, notre environnement scolaire…et des émotions qu’elles génèrent, nous allons privilégier certaines connexions plutôt que d’autres, pour préserver notre sécurité, jusqu’à créer le vide que nous venons d’évoquer.

L’idée est ici de retrouver notre génie d’enfant, en recréant de nouvelles connexions, pour nous reprogrammer dans un sens qui est bon pour nous, dans notre réalité du présent. Cela signifie ouvrir les deux yeux, au lieu d’un seul, pour percevoir l’intégralité des informations de la situation, au-delà de notre vide neurologique du cerveau de la tête.

Reconnecter nos 3 cerveaux

Pour la plupart d’entre nous, il n’existe qu’un cerveau, celui de la tête. Or, nous savons aujourd’hui que notre plein potentiel émane des connexions neuronales entre nos trois cerveaux.

Dans les années 1960, les docteurs américains Baule et Mac Fee découvraient un nouveau cerveau autonome qu’est celui du cœur, fait de 40 000 neurones. Puis, ce fut le scientifique Michael D. Gershon dans les années 1990, qui mis à jour l’intelligence du ventre, à travers son cerveau entérique, fait de 200 millions de neurones. Certains diront que face aux 100 milliards de neurones du cerveau de la tête, ces intelligences sont bien dérisoires. Pourtant, on sait en neurologie que ce qui fait l’intelligence, ce n’est pas le nombre de neurones, mais le nombre de connexions entre les neurones.

Pour redevenir des êtres complets, nous avons la responsabilité de faire dialoguer entre elles nos trois intelligences.

Nous avons d’abord appris à nous alimenter et penser par le ventre (survie par le cerveau entérique) puis à penser par le cerveau de la tête pour agir et évoluer dans ce monde (évolution personnelle). Il est temps d’apprendre à penser par le cœur pour être en lien avec l’autre (évolution universelle).

Selon l’auteur : « ce n’est pas un hasard si le cerveau du cœur se trouve entre le cerveau des émotions (ventre) et celui des pensées (tête), grâce au nerf vague qui relie les trois. Il permet de les rééquilibrer, de les synchroniser, de les réconcilier. Et réconcilier l’enfant (émotions) et l’adolescent en nous (pensées), pour accéder à l’adulte (lien). Le cœur est le grand réconciliateur. Il permet de mettre en cohérence, en congruence nos pensées et nos émotions, de les mettre en paix ».

Et la nature est bien faite ; tout est conçu en nous pour que ces trois cerveaux soient en lien ! Notre cerveau de la tête, pour communiquer avec les autres cerveaux, présente une « succursale » de chacun des deux cerveaux. Il est non pas le chef d’orchestre général, comme on pourrait le croire, mais le serviteur, soit du ventre, soit du cœur. Le reptilien et le limbique sont les deux « succursales » du cerveau du ventre, le néocortex est propre au cerveau de la tête et le préfrontal est la « succursale » du cerveau du cœur.

Le cerveau du cœur émet nos désirs, le cerveau de la tête les reçoit du champ et les transmet, notre cerveau du ventre les ressent émotionnellement.

Le ventre, notre cerveau originel

Le cerveau originel est celui du ventre car nous sommes intrinsèquement des êtres émotionnels ; nos émotions circulent à une vitesse qui dépasse largement celle de nos pensées.

Comme le rappelle Doc Lew Childre Jr, fondateur du Heartmath Institute : « nos réactions émotionnelles se présentent dans l’activité cérébrale avant même que nous ayons eu le temps d’y penser. Nous évaluons tout d’une façon émotionnelle à mesure que nous le percevons. Si l’énergie émotionnelle est plus rapide que l’énergie mentale, comment pouvons-nous espérer gérer nos émotions avec nos pensées ? La cohérence du cœur aide à équilibrer notre état émotionnel ».

Emotion vient du latin « emovere » qui signifie mouvement. Une émotion est donc une énergie qui nous met en mouvement. En soi, l’énergie émotionnelle est neutre. C’est la sensation générée et la réaction physiologique qui rendent une émotion positive ou négative et ce sont les pensées qu’elle suscite qui lui donnent un sens. Car le cerveau de la tête agit en « miroir » de celui du ventre. Que les émotions soient positives ou négatives, c’est l’affaire du mental. Il va aller chercher les expériences et croyances héritées du passé ou de l’éducation pour étiqueter chaque émotion. Elles sont également des amplificateurs de nos pensées et de nos perceptions. Lorsque nos émotions sont en déséquilibre, notre vision de la vie est déformée.

Le développement de l’intelligence du cœur nous permet d’observer nos émotions, de les accueillir pour les vivre autrement, et en créant de la cohérence, d'équilibrer notre état émotionnel.

Le cerveau de la tête, un paradoxe

Notre cerveau de la tête est une incroyable merveille de technologie. Il a mis des centaines de milliers d’années à se perfectionner pour répondre aux défis changeants de son environnement. Pourtant, paradoxalement, il est animé de forces contraires qu’il n’arrive pas à concilier. En effet, il n’y a rien de commun entre sa partie primaire, le reptilien, qui gère des fonctions essentielles à la survie, et le cortex, qui élabore des représentations mentales, communique avec ses semblables, planifie des actions, conceptualise... Selon Sébastien Bohler, docteur en neurosciences et auteur du livre Le bug humain : « le premier n’a même pas de conscience. Quant au second, il pourrait soulever des montagnes tant sa puissance est immense, mais il n’a pas d’objectif clairement établi. C’est un colosse aveugle ».

Stéphane Drouet considère que les pathologies viennent du conflit entre le cerveau du ventre et le cerveau de la tête, entre les pensées et les émotions. Le cerveau du cœur vient les réconcilier, les synchroniser. Au lieu de les séparer, il les remet en lien.

Le cœur, le cerveau du lien et du sens

Très tôt, notre cœur et notre thymus, sa glande associée, subissent une décroissance. Selon Galien, médecin dans l’Antiquité, le thymus est le berceau de l’esprit et de l’âme. Il le décrit comme l’organe de purification du système nerveux. Il fut le premier à observer que de la naissance à la puberté, la taille du thymus augmente. Puis, à la puberté, le thymus subit un processus appelé « involution », qui définit sa décroissance progressive avec l’âge. Stéphane Drouet relie ce processus au fait que, très tôt dans notre vie, nos liaisons neuronales avec le cœur se sont déconnectées. Nous sommes alors séparés de notre cœur qui ne sait plus voir l’amour en tout. Un autre amour prend alors le dessus, celui du ventre, qui aime de manière conditionnée. Notre amour devient alors conditionné à nos attentes envers notre environnement : « Si tu m’aimes comme je l’attends, alors je serai certain que tu m’aimes ».

Tant que nos circuits neurologiques du cœur sont débranchés, nous vivons dans un monde très réduit. Or, c’est le cerveau du cœur qui peut percevoir ce qui est inaccessible pour nous aujourd’hui, dans le vide neurologique du cerveau de la tête ; c’est lui qui peut nous écarter peu à peu de nos dépendances émotionnelles, et construire une civilisation adulte et universelle.

« Seul le cœur peut apprendre à décoder l’insondable, à travers ses formes trompeuses. Il voit le sens à travers le brouillard épais des émotions et des perceptions du ventre qui nous trompent. »

Pour réapprendre à « penser avec le cœur », Stéphane Drouet nous dévoile les rôles du cœur quantique :

Nous sommes responsables de tout ce que nous créons par nos pensées, nos émotions et nos désirs en construisant un champ de cohérence en nous et autour de nous. Pour cela, nous devons faire en sorte que nos trois cerveaux émettent sur la même longueur d’ondes, en cohérence, pour construire des vies fidèles à ce que nous sommes et inspirer ceux qui nous entourent par notre rayonnement. Car une personne en cohérence rayonne et entraîne dans son sillage.

Viser la cohérence du cœur

Pour Stéphane Drouet : « la cohérence du cœur est une puissante source de cohésion et de stabilité émotionnelle. Une source de confiance, d’harmonie, de convivialité et de paix intérieure. Un acte civique et responsable ».

Ce champ de cohérence du cœur a également un rôle déterminant dans nos prises de décisions car notre mental, nos émotions et nos sentiments synchronisés s’accordent pour faire les meilleurs choix pour nous dans un discernement et une clairvoyance aiguisés. C’est dans cet état de cohérence du cœur profond que tous les choix deviennent accessibles, que toutes les réponses à nos questions sont disponibles. C’est dans cet état de neutralité, que tout existe, que tout devient possible. [A lire : « Le désir est l'essence de l'homme... sa source est inépuisable ! »]

Lorsque vous respirez en vous concentrant sur votre cœur pendant plusieurs minutes et tous les jours, votre cerveau de la tête se met alors au diapason de cette cohérence et c’est tout votre être qui devient cohérent. A travers leurs ondes électriques, les champs des cerveaux du cœur, de la tête et du ventre se synchronisent. Ils font de même avec les champs électromagnétiques aux alentours, avec lesquels ils s’enchevêtrent, en commençant par vos enfants, votre compagnon, vos parents, vos amis, vos clients… Tout le monde est gagnant. Ils se transmettent de la paix, de la cohérence, de la sérénité.

« Notre chemin est un chemin de transformation par le cœur. »

L’intelligence du cœur se déploie à travers trois pratiques quotidiennes interdépendantes : la cohérence, l’attention et l’intention. Ce trio permet de mettre en lien nos quatre dimensions d’être humain, à savoir les dimensions émotionnelle, mentale, intuitive et corporelle.

La cohérence : je fais ce que je suis

C’est la cohérence du cœur qui, par la loi d’entraînement en physique, va entraîner toutes les autres fonctions de notre système vers la cohérence. Donc, c’est le cerveau central du cœur qui entraîne tous les autres vers la performance.

La pratique quotidienne de la cohérence cardiaque permet de mieux gérer ses émotions, apporte sérénité, endurance, confiance, favorise la créativité, l’intuition, et la prise de hauteur face aux aléas de la vie.

Je mets de l’attention à vivre qui je suis

Apprenons à nous focaliser sur ce qui est bon pour nous, dans l’instant présent. Cela consiste à la fois à muscler notre concentration, à élever notre niveau de conscience mais aussi, à coordonner tous nos cerveaux, sans oublier notre corps, pour que tout fonctionne ensemble.

L’intention : j’envoie des messages à la vie en cohérence avec qui je suis

C’est la cohérence intérieure, c’est-à-dire apprendre à mettre en adéquation nos actions avec nos désirs, nos pensées avec nos désirs : je fais ce que je suis, je fais ce que j’aime.

Cela nécessite de s’entraîner chaque jour à interroger nos désirs, dans notre cœur, notamment lorsqu’un choix se présente à nous, dans la perspective d’un événement nouveau… pour se mettre en chemin avec joie et détermination et ainsi, avoir un impact positif sur nous, les autres, la vie. [A lire : « Avez-vous pris soin de vous accorder avec votre intention aujourd'hui ? »]

Ce triangle magique cohérence-attention-intention est capital pour notre écologie personnelle, au même titre que manger, dormir… La répétition quotidienne de ces pratiques est essentielle si nous voulons, à côté de nos programmes de survie, développer des programmes de croissance et d’évolution. S’entraîner continuellement afin de créer entre nos trois cerveaux des circuits durables et automatiques qui feront de nous des êtres équilibrés, des êtres de haute cohérence, des êtres de cœur, tout simplement.

Mes sources d'inspiration :
L'intelligence quantique du cœur de Stéphane DROUET
VIVRE LIBRE - L'intelligence du cœur influence nos pensées
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